Actualité

Infolettre N° 19, juin 2014

Ecrit le mercredi 18 juin 2014

 

 

Les groupements d’achat, rencontre le 5 juillet

Les producteurs qui vendent en direct ont le vent en poupe ! Les reportages, nombreux, qui animent nos soirées en dénonçant l’élevage intensif et les risques qui en découlent font se tourner vers nous de nombreux consommateurs, et ils ont raison. À commencer par les conditions d’élevage ! Nous qui prenons tant soin de nos animaux, sommes révulsés par l’entassement des animaux de batterie. Le bien-être animal est devenu une priorité assortie d’un dispositif légal à l’étude : on reconnaîtra enfin à l’animal son statut d’être sensible… Certains éleveurs intensifs ont fait savoir qu’ils redoutent que les nouvelles normes qui en découleront ne mettent en péril leur activité. C’est une question de choix effectivement. Et de coût payé au producteur. Actuellement en France, le kilo de porc charcutier industriel est payé 1,60 €, avec les installations lourdes et les emprunts qui vont avec. Alors c’est sûr, il faut produire produire produire au moindre coût et en dépit de toute sensibilité ou disons au minimum d’un soupçon de conscience.

Les petits paysans et autres petites structures proposent tout autre chose. Qualité des produits, contact direct, visite possible de la ferme, absence d’intermédiaire, tout le monde est gagnant, animaux compris. Il existe plusieurs formes organisées de circuit court : livraison à domicile, vente à la ferme, AMAP, boutique de producteurs, la Ruche qui dit Oui !, groupes informels… Les groupements d’achat sont une de ces formes : plusieurs personnes se réunissent régulièrement et groupent leurs commandes. Une personne peut être référente d’un ou plusieurs produits, qui ne sont pas nécessairement alimentaires. Cette formule prend un peu de temps, demande un peu d’implication et d’organisation, mais les consommateurs peuvent choisir leurs producteurs de façon souple et très personnalisée ce qui garantit une satisfaction optimum. De son côté, le producteur n’a pas à verser de pourcentage sur les ventes et se déplace pour une livraison plus conséquente. Dans l’Aude, c’est l’association Nature et Progrès qui a initié la création de plusieurs groupements d’achat. Actuellement, nous en livrons trois : Lézignan, Sigean et Limoux.

Pour mieux connaître cette formule, Nature et Progrès et les Belles Garrigues proposent une journée à la ferme le samedi 5 juillet prochain. Après une balade avec le troupeau et une visite à la bergerie, nous mangerons grillades d’agneau maison et produits variés que vous pourrez acheter aux amis producteurs présents. L’après-midi sera animée par des échanges/rencontres autour de ces thématiques.

Nous vous donnerons plus de précisions dans la prochaine infolettre…

L’adresse du site Internet de Nature et Progrès Aude, avec une page consacrée aux groupements d’achat : http://www.np11.org/

 

Rendez-vous autour de la maison écologique des Belles Garrigues le 14 juin

Dans le cadre du mois de l’architecture en Languedoc-Roussillon, le Parc Naturel Régional de la Narbonnaise organise une rencontre autour du chantier de la maison à ossature bois des Belles Garrigues, le samedi 14 juin dans la matinée. La maison rassemble différentes caractéristiques qui en feront un lieu facile à chauffer et agréable à habiter avec une faible empreinte écologique. L’ossature, la toiture et l’isolation en cellulose ont été réalisées par la Scopcaa d’Argens-Minervois dont un représentant sera présent.

Renseignements et inscriptions : 04 68 42 70 45

 

Oies !

Dernières arrivées, des oies de Guinée sont venues rejoindre notre ménagerie grandissante. L’histoire a mal commencé, car Puppie, une des chiennes Border Collie, n’écoutant que son instinct, a tellement bien «rangées» les 6 oies adultes achetées en février que 4 en sont mortes… bien dommage, elles étaient magnifiques. Aujourd’hui, des oisons de trois semaines complètent le cheptel.

Si tout se passe bien (le trac !), nous pourrons vous proposer des oies prêtes à rôtir pour Noël. À réserver bien à l’avance pour les amateurs.

Nous aimerions mettre en place un élevage d’oies du Tarn, race en voie de disparition dont on dit que la chair est particulièrement succulente… merci de nous contacter si vous connaissez des éleveurs ou de telles oies chez des particuliers.

 

Prochaines livraisons :  agneau, merguez et porc

Les prochaines livraisons d’agneau et de merguez auront lieu les 4 et 5, 11 et 12, 25 et 26 juillet et les 8 et 9 août.Une livraison supplémentaire « spéciale merguez » est prévue le 19 juillet.

La caissette classique comprend un demi-agneau :

  • épaule

  • gigot

  • 10 à 12 côtelettes

  • sauté

  • abats

Chaque portion est sous-vide, avec le nom et le poids des pièces. Vous pouvez demander que l’épaule et le gigot soient entiers ou tranchés, merci de le préciser à la commande. Sans précision, ces pièces seront entières.

Tarif pour le demi-agneau (de 6 à 9 kg la caissette):

  • Aude ou commandes groupées (6 minimum) : 13,80 €/kg
  • Hors département : 15€/kg
  • La merguez est au tarif de 10,50 € /kg, ou 50 € les 5 kg.

Livraisons prévues à Albas, Lézignan, Narbonne, Sigean (et Toulouse uniquement le dimanche 7 juillet). Les heures et lieux de rendez-vous vous seront communiqués quelques jours avant la livraison.

Vous pouvez commander par mail ou au 04 68 46 25 19 aux heures de repas.

 

La prochaine livraison de porc (spéciale grillades) est prévue le week-end du 15 août…

Tarif : 10,50€/kg dans l’Aude, 11,70€/kg autres départements

saucisse : 12,50 €/kg

abats : 8,50 €/kg

Vous pouvez d’ores et déjà commander pour cette date.

 

Biodiversité : la férule commune

Dame Nature nous propose bien des plaisirs, mais a aussi ses dangers. On y est bienvenu, à condition d’être averti. Ainsi, la férule commune est une superbe plante superbement toxique. Elle sort de terre en fin d’hiver, en un bouquet très semblable au fenouil, et tout aussi odorant. En mai, une tige se dresse en son milieu et atteint rapidement la taille de deux mètres et plus, qui s’épanouit en bouquet de pompons jaunes assez spectaculaire. «Être sous la férule de quelqu’un» fait référence au solide bâton que fournit la tige sèche de la férule, qu’utilisaient les professeurs de l’Antiquité pour aider leurs élèves à devenir de bons éléments… Plus raisonnablement, on en faisait de très bonnes cannes.

Le problème est que les herbivores non avertis adorent la férule, qui les tue sans appel en deux jours avec d’horribles hémorragies, et il n’y a pas d’antidote. Chez un voisin, elle a tué plusieurs chevaux avant qu’il puisse comprendre ce qui se passait. Ailleurs, elle a tué des brebis.

La plante se cantonne pour l’instant sur le versant sud d’Albas et à trois kilomètres de la ferme à vol d’oiseau sur la route de Durban. Il va sans dire que je surveille attentivement la progression de cette belle méditerranéenne ! Elle se densifie sur ses zones d’implantation mais ne semble pas se déplacer. Ecolo oui, mais je serais sans pitié si sa zone d’extension progressait, même insensiblement, vers nos pâturages. Chacun chez soi et les moutons seront bien gardés.

Plus d’info et des photos : http://nature.jardin.free.fr/2013/ferula_communis.html

 

Notre ferme invitée : la Cabane du Berger, Emmanuelle Bernier

Ci-dessous la description d’une nouvelle ferme, qui propose des produits que nous apprécions particulièrement : tout est bon ! Et beau !

Que sont les bergers devenus…. ?

Christophe et Manu, après plusieurs années à la ferme des Belles Garrigues, ont fait un saut de puce de quelques 15 kilomètres pour s’installer à Fontjoncouse, en pleine garrigue. Ils partagent leur temps entre les animaux et les plantes médicinales, sur un site qui s’appelle donc, en toute logique, «la Cabane du Berger ».

L’installation d’un petit troupeau est en cours, Christophe choisit les brebis, entre autres critères, pour leur laine, que Manu carde et feutre pour réaliser des bérets, semelles, mitaines, et autres accessoires de bergers.

Les cultures sur le site et les cueillettes sauvages tournent autour des plantes locales : lavandes, thym, romarin, cyprès, laurier…

Manu les traite de différentes façons : plantes sèches à tisanes, huiles essentielles, macérations huileuses, pommades, parfums, sirops et gelées.

On trouve donc à la Cabane du Berger, non seulement des produits de soin, (pommade à l’Aloé Véra, huile essentielle de lavande, baume à l’arnica…) mais aussi des produits alimentaires à travers lesquels on redécouvre les arômes de la garrigue dans les plats quotidiens : on accommodera un toast de fromage frais avec de la gelée de romarin, une tarte aux pommes avec de la gelée de lavande, un kir au sirop de thym…

On peut les contacter et suivre leurs activités sur le site www.lacabaneduberger.net

 

La photo de Dorothée

Lors de l’agnelage, en mars, vous êtes plusieurs à être venus assister aux naissances. Le premier dimanche n’a pas été couronné de succès, aucune brebis n’a mis bas, mais une autre s’est prêté à l’exercice le samedi 15 mars, et nous avons vraiment vécu un joli moment. Ci-dessous un lien vers une photo prise ces jours-là, magnifique… 

 https://picasaweb.google.com/belle.garrigue.florence/AgneauxDorotheeGasser#6023396577883266610

 

 

Infolettre N° 18, avril 2014

Ecrit le mercredi 18 juin 2014

Infolettre des Belles Garrigues N° 18, avril 2014

Le grand frisson
Echtyma
Les 4 saisons du troupeau : la tonte
Biodiversité : et si le loup revenait ?
Les vignerons amis : Château Marco
Prochaine livraison de viande de porc les 22 et 23 mai
Paroles d’agnelage : Christine

Le grand frisson

L’élevage des porcs reste la nouveauté des Belles Garrigues. L’animal est bien celui qu’on nous avait décrit : rien ne lui résiste. Surtout ne pas avoir une panne d’électricité ! Les clôtures, les barrières en bois, il peut tout dévaster en quelques minutes. À la force du groin, il soulève des pierres de 25 kg, qu’il envoie sur le fil électrique de clôture … un tour régulier du parc s’impose pour repérer tout problème. Un cochon a aussi la capacité étonnante de sauter de plain-pied des hauteurs qu’on lui suppose interdites par son poids et sa physionomie de boudin à pattes. Erreur ! Un cochon de 150 kg saute allègrement et même avec une certaine légèreté 1 m de haut. Le voilà dehors ! Comment le faire entrer ? Pas possible de l’attraper, par où d’ailleurs, à part les oreilles ou la queue ? Mais nos cochons ont bon caractère, et en restant calmes, avec un croissant et une choco plus des palettes qui lui indiquent la bonne direction, nous arrivons à les rentrer au parc. Le plus impressionnant reste l’heure du repas. Nous ne sommes pas encore organisés comme il le faudrait et nous sommes obligés de rentrer dans le parc pour distribuer la nourriture. Les cris d’impatience et les hurlements stridents alternent avec des grognements profonds de fauve, le volume sonore est incroyable. Les six cochons tournent autour de vos jambes en tous sens, vous tapent dans les mollets du bout du museau, vous bousculent, et j’ai souvent eu l’impression d’être au milieu d’un banc de requins affamés… vite jeter le premier seau dans la première gamelle !

Notre plaisir d’éleveur est pourtant à son comble quand, au retour du troupeau, les cochons suivent les brebis le long de leur clôture avec des bonds de joie et de petits grognements agréables. Comme prévu, ils passent aussi de longues heures dans leur bauge, allongés les uns contre les autres et couverts de boue. Qui a dit que l’argile était sale ?

Echtyma

Les naissances sont terminées. Bel agnelage, malgré la perte de quatre brebis. Les agneaux sortent au pâturage depuis quelques semaines maintenant. Tout va bien et suit son cours. Seul bémol, une maladie, présente chaque année, s’est réinvitée avec force : l’echtyma. Les éleveurs parlent rarement des maladies, qui peuvent inquiéter le « consommateur ». Pourtant, nous sommes confrontés quasiment au quotidien aux problèmes de santé des uns ou des autres. La plupart du temps, il suffit de surveiller, mais l’echtyma est vraiment un problème : papules, vésicules, démangeaisons, sur les pis et dans la bouche des agneaux, le risque de mammites et d’agneaux dénutris est grand. Cette année, la crise a été intense. Nous avons passé une heure par jour à masser les pis malades avec un produit bio très efficace. La bergère a quand même attrapé l’echtyma sur les mains et les bras. Beurk ! Ce que c’est de partager pleinement la vie de ses bêtes ! Nous nous en sortons avec une seule mammite, qui hypothèque malheureusement la suite pour une jeune brebis, et avec deux agneaux morts.

L’herbe qui jaillit maintenant, après quelques inquiétudes, nous console et le lait monte à flots dans les pis de nos brebis, pour nourrir des ventres parfois tellement pleins que les agneaux n’arrivent pas à se relever !

Les 4 saisons du troupeau : la tonte

Dans la foulée de l’invitation que nous vous avons lancé lors de l’agnelage (très beaux moments passés), vous êtes conviés à assister à la tonte du troupeau qui aura lieu vers le vendredi 30 mai. Rendez-vous à 11h30 à la bergerie, puis repas tiré du sac pour ceux qui le veulent, en espérant le soleil… Si vous voulez nous aider concrètement (attraper et asseoir les brebis, ranger la laine), merci de me contacter.

Biodiversité : et si le loup revenait ?

Vous êtes quelques-uns à m’avoir posé la question depuis deux ou trois ans. Elle m’embarrassait : je ne savais quoi répondre, prise dans la contradiction apparente d’être éleveuse et écolo. Oui pour le loup, mais pas chez moi, il me fait peur. Un peu facile. Pour me faire une idée plus claire, j’ai collecté pendant plus d’un an toutes les informations possibles sur Internet et sur le terrain lors d’un voyage dans les Alpes l’été dernier, avec Brice, technicien à la Pastorale Pyrénéenne, association qui s’occupe de placer les Patous (nos gros chiens blancs protecteurs des troupeaux) dans les élevages.

Si le loup revenait ? En fait il est déjà là, dans l’Aude, depuis 1998, 3 loups cantonnés dans les Pyrénées. Récemment, un loup a été photographié dans une zone de colline à quelques dizaines de kilomètres de Carcassonne, et des dégâts sur brebis lui ont été attribués. Le loup arrive.

L’animal fascine. Du loup effrayant qui habitait derrière la porte de la chambre de nos enfances, il ne reste souvent rien chez le citadin. Le loup incarne la puissance sauvage, il évoque les grands espaces et une certaine noblesse. Ainsi, 75% des Français sont pour la présence du loup. Pour le propriétaire de bétail, il est la bête noire dont on se passe sans peine.

Alors ? Pour ou contre ?

Pas si simple. Pour se faire un avis, il faut d’abord lire entre les lignes et comprendre les croyances qui sous-tendent les argumentaires opposés. Entre ceux qui considèrent qu’il est « naturel » de se débarrasser purement et simplement de tout ce qui les encombre et ceux qui estiment que la Nature doit être sanctuarisée et que l’Homme n’y a pas droit de cité, il y a des mondes ! et beaucoup de strates intermédiaires.

Dans ce brouhaha, il faut aussi trier les voix de ceux qui souffrent réellement de la prédation, de ceux à qui cette prédation apporte quelques avantages (primes, dégâts fictifs indemnisés), et ceux qui la considèrent de loin, voire de très très loin. Là encore rien d’uniforme.

Enfin, et surtout, il y a la réalité objective, celle qui nous dépasse parce qu’on ne peut la connaître parfaitement. Partons des chiffres, qui comportent leur part d’erreur et d’approximation. Environ 250 loups en France en 2013, des milliers de brebis touchées officiellement (tuées ou blessées) par le loup dans les Alpes en 2012, et une extension des zones de présence du loup : vu dans la Meuse, la Lorraine, les Ardennes, les Vosges, le Gers, l’Ardèche, la Lozère, l’Aude… il arrive ! Qu’on soit pour ou contre, il est là, et il paraît très difficile à contrôler : l’Etat a autorisé le tir de 24 loups par an, mais on ne sait plus le chasser, et le territoire s’est embroussaillé, notamment les zones montagneuses et semi-montagneuses, ce qui rend sa chasse plus ardue. À moins de piégeages et d’empoisonnements massifs et peu sélectifs (je n’ose pas imaginer les dégâts collatéraux, tenez vos chiens en laisse !), on ne sait plus faire. À ce jour, on est loin des 24 loups abattus. On relève ça et là des cas de braconnage, ainsi que d’inévitables collisions avec des voitures. On ne sait rien des loups tués et dissimulés… cependant la population augmente, indubitablement.

De toute façon, tuer un loup au hasard n’est qu’une solution transitoire et ne règle pas le problème, à part peut-être dans le cas de prédation répétitive due à un seul loup que plus rien n’effarouche, … cas bien rare mais qui existe. Les loups vivent en meutes qui essaiment. Il n’y a jamais beaucoup de loups sur un même territoire. Dès qu’ils sont trop nombreux, une autre meute se forme plus loin. Tuer un loup limite la pression de prédation à un endroit donné, certes, et évite peut-être surtout que les meutes ne se dispersent plus vite, …

Rappelons a contrario que le loup est un animal protégé par la convention de Berne. Si nous ne sommes pas capables de vivre en France avec 250 loups, 20 ours et 250 lynx, comment être crédibles aux yeux des pays qui doivent gérer tigres, éléphants et guépards, et à qui nous demandons de contribuer activement à la protection de leur biodiversité ?

La question évolue donc. Comment faire, puisque le loup est là et qu’il paraît inexpugnable ? Est-ce qu’on arrive à le tenir à distance du bétail ?

La protection des troupeaux contre les prédateurs donne lieu à de nombreux échanges et débats. Là encore, on lit et on entend tout : les ânes suffisent à mettre les loups en déroute, les lamas peut-être aussi, un loup a attaqué un berger en Italie, les Espagnols n’ont aucun problème avec leurs loups, … autant de nouvelles qu’un recueil patient d’informations croisées invalide les unes après les autres. Signalons ici qu’une certaine presse joue bien mal son rôle au sujet du loup. Beaucoup de journalistes « crient au loup », oublient de vérifier leurs sources et de valider ou non la nouvelle d’une attaque où le loup pourrait être impliqué, … pas besoin, ce qui compte c’est la sensation, le sensationnel, le frisson, après, on s’en fiche. Dommage.

La rencontre avec les bergers des Alpes l’été dernier a été instructive. Les loups sont arrivés, à pied, de l’Italie voisine, il y a plus de 20 ans. Depuis cette date, éleveurs et bergers cohabitent bon an mal an avec les loups. La situation s’est tendue avec des attaques de plus en plus nombreuses ces dernières années. Il a fallu s’organiser, changer sa façon de travailler, monter des parcs, mettre en place des chiens de protection, embaucher des bergers, des aides-bergers, parfois doubler l’enceinte des parcs, procéder à des tirs d’effarouchement, utiliser des fusées éclairantes… Le témoignage de ce berger est particulièrement éclairant lui aussi : il a fait de nombreuses estives, en France et en Suisse où il a eu affaire au loup à de nombreuses reprises. Il parle d’un animal qui n’a pas peur de l’homme ni de ses chiens de conduite (plusieurs bergers témoignent de leurs chiens paralysés par la présence du loup et qui se serrent contre eux), qu’il poursuit en courant et qui revient, qui rôde la nuit autour du parc, dont il voit les yeux dans la lumière de la torche, yeux qui disparaissent puis réapparaissent quelques minutes après le tir d’effarouchement. Le loup est connu pour s’habituer à tout, en effet. Très intelligent, il apprend vite et il faut varier régulièrement les techniques d’éloignement. Épuisant, s’il faut faire le berger la nuit en plus de la journée. Les bergers parlent du « lait sur le feu » (emprunt à Ivan, merci), on n’est jamais sûr, il peut à tout moment être là, revenir, présence incontrôlable et menaçante. Ce berger-là n’est pas pour autant un anti-loup. Pas de mauvaise foi ni de colère dans ses propos. Mais une pression difficile à supporter, qui s’ajoute à la charge de travail quotidienne, surtout quand on est consciencieux. Les maladies, le mauvais temps, les accidents, les chiens divagants, font des dégâts dans les troupeaux, en montagne comme en plaine. Ces risques-là sont intégrés. La présence du loup s’ajoute à la liste. Il faut faire avec. Il va falloir l’intégrer.

Cette perspective et le choc vécu par certains éleveurs les poussent à arrêter leur activité. On rétorque souvent aux éleveurs que les dégâts sont fortement indemnisés, ce qui est vrai. Cependant, qui est prêt à accepter d’être potentiellement régulièrement cambriolé sous prétexte que l’assurance indemnisera bien les vols ??? Personne ! C’est faire fi des résonances psychologiques des attaques : angoisse, lien affectif au troupeau, à certaines bêtes. C’est aussi ne pas tenir compte des dégâts collatéraux, mal connus ou considérés comme nuls, que l’argent ne peut compenser : perte génétique, stress durable et appétit perturbé des troupeaux attaqués, …

Alors ? Il reste à mettre toutes les chances de son côté : bons Patous, parcs bien montés, gardiennage renforcé en montagne, abandon probable à venir de certaines montagnes trop difficiles à garder, … En moyenne montagne où les troupeaux sont parqués sans surveillance sur de grands surfaces, seuls de bons chiens de protection peuvent être efficaces, mais ils ne peuvent pas être à plusieurs endroits en même temps. Or, les troupeaux parqués ont tendance à se disperser … Si les loups viennent à coloniser de grands territoires, on peut imaginer que c’est en moyenne montagne qu’ils feront le plus de dégâts, encore plus qu’en montagne.

Certaines associations de protection de la Nature militent pour la cohabitation des troupeaux et des prédateurs et cherchent des bénévoles pour seconder les bergers de montagne dans les zones à risque. Voilà l’occasion unique d’approcher la réalité de la prédation et de la vie hors normes du berger en estive, … Il faut être en forme et suivre une petite formation, en échange de quoi vous passerez des vacances hors du commun.

Même si les chiens de protection ne sont pas l’arme absolue, ils représentent une pièce maîtresse du dispositif que l’éleveur peut mettre en place contre les attaques. L’Etat et l’Europe auraient tout intérêt à renforcer les actions qu’ils soutiennent auprès des associations qui s’occupent des Patous, et ce au-delà des seules Pyrénées. Car ces chiens de protection doivent être mis en place et suivis par les éleveurs et les bergers avec professionnalisme. Le Patou n’est pas naturellement bon au troupeau, la génétique ne suffit pas. Ses qualités découlent d’une éducation particulière et précise, qui lui donne un attachement solide aux bêtes, brebis ou chèvres, et un respect relatif de l’être humain. Cette dernière qualité mérite attention et réflexion, afin d’éviter à l’avenir les conflits d’usage avec les promeneurs qui apparaissent ça et là, conflits qui pourraient augmenter au détriment de la protection des troupeaux, … Loups ou Patous, il vaudrait mieux ne pas avoir à choisir ! Par ailleurs, l’augmentation du nombre de chiens de protection (il y a d’autres races que le Patou, comme le Gankal turque, le chien des Abruzzes,…) ferait baisser sérieusement l’impact des chiens divagants, qui se chiffre à des dizaines de milliers de bêtes par an lui aussi.

– Alors, au final, toi, tu es pour ou contre le loup ? (si on insiste…)

Notre cas de bergers de collines est très particulier puisque nous gardons nos bêtes tous les jours, ce qui signifie qu’elles ne sont jamais sans présence humaine, excepté dans les parcs de nuit (et encore, nous dormons régulièrement avec elles). Nous avons de bons Patous et nous monterons les parcs avec deux rangées de clôture si le loup apparaissait dans les Corbières. Dans notre système d’élevage, les risques sont infimes et limités. Le reste du temps, elles dorment dans leur bergerie protectrice. Le loup peut venir aux Belles Garrigues, il aura du fil à retordre. S’il parvenait tout de même à déjouer l’attention des Patous et à faire des dégâts, … je demanderais de l’aide à l’Etat et vivrais l’abattage d’un loup (très hypothétique et d’une efficacité très localisée et temporaire) comme un échec et avec soulagement, la contradiction perdure…

Les vignerons amis : Château Marco

Nous vous avons présenté le domaine de la Gardiole de Bizanet la dernière fois. Cette fois-ci, voici le Château Marco, à Festes et St-André, près de Limoux, certifié Bio lui aussi.

Laissons parler Marco : en 1983 les premiers ceps sortent de terre accrochés sur un coteau argilo-calcaire à 350 Mètres d’altitude. Du Mauzac , du Chenin rejoints quelques années plus tard par du Chardonnay et des vaches. Tout est en place pour réaliser dans ce recoin isolé de la haute vallée de l’Aude une viticulture agro-écologique comme on la qualifie aujourd’hui. L’élevage de la ferme amène la fumure nécessaire à la vigne. Les amendements organiques permettent au sol d’exprimer ainsi la fraîcheur et les accents minéraux de ce terroir d’altitude.

Au fil des années les bulles de la Blanquette Ancestrale, traduisent une tradition que nous participons modestement à transmettre à travers le temps. Le Chardonnay, vin « tranquille » vinifié en barrique, cache bien son jeu dans le style inclassable.

Nos vins élaborés avant tout pour le plaisir sont à partager sans modération.

Ajoutons que Marco vend des caissettes de veau et de bœuf bio.

Marc Leseney- 11 300 Festes St André
0468313921 – marc.leseney@club-internet.fr

Prochaine livraison de viande de porc : jeudi 22 et vendredi 23 mai

Les caissettes de porc pèseront environ 8 kg. Elles comprendront :
· rôti
· côtes (échine, premières)
· sauté et/ou coustellous (en fonction de la quantité)
· ½ jambonneau
· rouelle de jambon
· tranches de poitrine

Tarif : 10,50 € le kg dans l’Aude, 11,70 € le kg pour les autres départements

Vous pouvez commander une caissette de 4 kg, qui comprend un panaché des pièces ci-dessus, au tarif de 11,70 € le kg dans l’Aude et de 13 € le kg pour les autres départements.

La viande est mise sous-vide, avec indication de poids et nom des pièces.

Pour ceux qui le désirent : oreilles, pieds, langue, couennes, foie, cœur, rognons, tête ou demi-tête, … Tarif : 8,50 €/kg, à réserver.

Saucisse (0% de gras ajouté) ou chair à saucisse en fonction des disponibilités : 12, 50 €/kg.

Les heures et lieux de rendez-vous vous seront communiqués quelques jours avant la livraison… Nous livrerons Toulouse et le Gers cette fois-ci, ainsi qu’en juillet.

Merci de passer vos commandes par mail ou au 04 68 46 25 19 aux heures de repas.
N’hésitez à me faire part de vos questions.

Les livraisons d’agneau bio et merguez reprendront à la fin du mois de juin, à raison d’une par mois jusqu’en décembre.

Paroles d’agnelage : Christine

Après une conférence sur le pastoralisme en Languedoc Roussillon, Florence Robert, bergère de Belles Garrigues à Albas, a proposé une visite de sa bergerie en période d’agnelage.
J’ai fait partie des premiers visiteurs, le 2 mars. Pas de naissance lors de ma présence. J’ai alors proposé mon aide pour 3 matinées de découverte et de travail à partir du 12 mars.

J’ai ainsi découvert les Corbières tôt le matin (7h15) si belles et envoûtantes, mélange de brumes et de soleil, amandiers en fleurs, rouquettes à foison et garrigue aux verts divers.

Et puis la bergerie! Quelques 160 brebis à l’intérieur. Un tiers d’entre-elles avaient déjà mis bas depuis ma dernière visite.
Les petits se rassemblaient ou sautaient d’un endroit à l’autre, tous mignons malgré les marques de couleurs qui permettent d’identifier leurs mères respectives.

Les agneaux et leurs mères sont séparés des gestantes par le quai, longue allée qui sert de mangeoire et d’accès rapide aux divers endroits de la bergerie, entre autres les cases qui accueillent la brebis qui vient d’agneler, avec ses petits.

Et de la rapidité, il en faut! Et de l’oeil exercé et affûté! Et une forme physique incontestable!
Mon aide a consisté dans le nettoyage du quai et de certaines cases vides. Puis distribution rapide de l’orge aux brebis qui bêlent comme des folles perdues : elles donnent l’impression de ne pas avoir mangé depuis des jours. L’orge n’est qu’ un amuse-bouche nécessaire. Il faut enchaîner aussitôt avec le foin que nous charrions, avec Florence, par grandes brassées.
Et tout cela en veillant bien à une répartition large et rapide pour éviter que les brebis se grimpent dessus, se piétinent sans tenir compte des agneaux qui peuvent se trouver là.. Et puis c’est le regain ou la luzerne pour les toutes nouvelles mères pour les requinquer au mieux après la mise bas.

Enfin, l’eau. Sous forme d’une bonne vingtaine de sceaux de 10 litres chacun, à laver remplir à nouveau et charrier jusqu’aux parcs individuels et de groupes. Sans oublier les jeunes béliers et les chèvres dans un autre enclos qui avaient droit au même traitement.

Tout ça, sous les yeux attentifs envers les bêtes, des chiens de troupeaux.

Et simultanément, Florence qui bondit auprès d’une brebis mettant bas avec difficulté. L’assiste et l’aide. « Courageusement », je reste éloignée de cette activité très spécialisée. Une quinzaine de petits sont nés au cours de ces 3 matinées, 8 nouvelles mères qu’il a fallu isoler des autres par la création de parcs à l’aide des barrières mobiles plutôt lourdes.

Florence m’a appris comment couper le reste de cordon ombilical de chaque nouvel agneau, le désinfecter. Nourrir les petits dont les mères manquaient de lait grâce au biberon rempli du lait des chèvres que j’ai appris à traire tant bien que mal.
Et dire que je n’avais aucune vergogne à savoir que l’un d’entre-eux finirait dans nos assiettes….

Et ce n’est pas fini! Vers les 11h00, direction les porcs, énormes, voraces, inquiétants. Florence n’a plus peur d’eux mais s’en méfie malgré tout quand elle entre dans l’enclos pour les nourrir. Je reste prudemment loin des barrières en bois que les porcs attaquent à grands coups de dents…..

Vers midi, l’activité retombe. Florence fait le point par écrit de l’activité matinale tout en restant en éveil car les brebis gestantes peuvent mettre bas à tout moments.
Jojo le berger va la remplacer l’après-midi. Elle se prépare enfin pour un repos indispensable.
Je rentre chez moi en faire autant!

Une chose est sûre : le berger du « Génie des Alpages » du dessinateur Fmurr, n’a pas été confronté à l’agnelage! C’est un sacré boulot!

Cependant, je reviendrai bien lors du prochain agnelage…

Infolettre des Belles Garrigues N°17, janvier 2014

Ecrit le vendredi 7 février 2014

 Copains comme cochons

Le cochon est vraiment une drôle de bête ! Manger comme un cochon, être sale comme un porc, être copains comme cochons, avoir un caractère de cochon, donner de la confiture aux cochons, etc… l’animal habite encore notre langage, même s’il est devenu très rare de l’observer dans nos campagnes. Nos premiers cochons sont donc arrivés durant l’automne.

Enclos électrifié, cabane confortable et paillée, ration composée d’orge et de féverole bio, associées à de la « boulange sèche » (non bio), c’est-à-dire des pains variés et des viennoiseries sortis du circuit commercial. Bientôt, nous ajouterons à leurs deux repas quotidiens des végétaux, pluches et légumes écartés de la vente. Halte au gaspi ! Quand il fait froid, nous ajoutons de l’eau chaude à la soupe… ils sont aux « petits oignons ». Nos porcs ne sont pas Bio, mais assez écolos pour figurer au menu de nos propositions.

Les premiers temps n’ont pas été faciles, pour ne pas dire déconcertants : ils ont fait une petite dépression de deux jours avant de s’intéresser à leur environnement. Puis, les grognements d’impatience à la vue des gamelles sont apparus progressivement. Il y en a même un qui grince au lieu de grogner… Entrer dans le parc des cochons est assez impressionnant au début. Est-ce que ça mord ? Oui, ça peut mordre les mollets ! Et comment les repousse t’on ? En leur tapant – doucement – sur le groin. Voilà l’organe le plus étonnant du cochon ! Le groin est hypersensible, mais aussi apte à soulever la terre sur quelques centimètres avec graviers, pierres et branchettes, en un mot : fouir. Son odorat semble très développé, capable de retrouver les grains d’orge dans la boue du parc. Boue qu’il faut voir pour comprendre à quel point le porc a besoin de fouiller le sol, à la recherche de larves d’insectes, de bulbes et autres choses passionnantes et sûrement délicieuses. Dans certains élevages, on place un anneau de métal au nez du cochon, afin qu’il fasse moins de dégâts. Je refuse de le faire…

Le porc est-il aussi sale que sa réputation le dit ? Les amoureux du cochon (comme animal de compagnie) disent vrais : le cochon est propre, car il fait ses besoins toujours au même endroit, loin de sa nourriture. Mais quand il s’agit de manger ! Pas de quartier ! C’est à qui mangera le plus vite et dénichera en premier les croissants et les chocos. La bouche du cochon est bizarrement faite, avec la mâchoire inférieure en retrait, comme chez le requin. Sa dentition laisse rêveur, des incisives espacées orientées vers l’avant, des molaires très en arrière… Pour attraper la nourriture, il est obligé de happer ce qu’il ne peut pas vraiment saisir, tout cela avec un bruit indescriptible, créé par la forme particulière des babines qui ne sont pas complètement jointives. D’où ce bruit d’animal impoli qui mange la bouche ouverte, ponctué de grognements ! Délicieux concert ! Enfin, ils mettent volontiers les pieds dans le plat pendant le repas ! Pas terrible… Nous aurons bientôt des auges en béton à la bonne hauteur.

Nos cochons vont-ils sortir avec le troupeau ? Ou simplement manger en garrigue ? Non, car les dégâts qu’ils y feraient seraient contraires à ce que nous essayons de faire avec les brebis : favoriser la biodiversité. Adieu les orchidées, les tulipes sauvages, les délicats narcisses. Ils auraient d’ailleurs bien du mal à trouver de quoi manger en quantité suffisante, les chênes, les glands et l’herbe étant rares, les châtaigniers absents… Malgré une liberté restreinte, ils ont cependant la chance de disposer de place, d’air frais, d’une nourriture variée non recomposée, le droit de fouir autant qu’ils le veulent. L’heure de la digestion venue, ils s’allongent flancs contre flancs dans leur cabane, et s’endorment profondément. Une vie de patachon, voilà la belle vie d’un cochon de plein-air.

Livraison de viande de porc,

Vendredi 31 janvier et samedi 1er février, dans l’Aude uniquement

(autres départements en février)

 Les caissettes de porc pèseront environ 8 kg. Elles comprendront :

  • 1 rôti

  • côtelettes

  • sauté et/ou coustellous (en fonction de la quantité)

  • jambonneau

  • rouelles de jambon

  • tranches de poitrine

 La viande est mise sous-vide, avec indication de poids et nom des pièces.

Tarif : 10,50 € le kg

 Pour ceux qui le désirent : oreilles, pieds, langue, couennes, foie, cœur, rognons, tête entière ou demi-tête, … Tarif : 8,50 €/kg, à réserver.

 Saucisse (0% de gras ajouté) ou viande hachée en supplément, en fonction des disponibilités : 12, 50 €/kg

 Les heures et lieux de rendez-vous vous seront communiqués quelques jours avant la livraison… La livraison suivante se fera fin février (Aude et autres départements), pour laquelle vous pouvez d’ores et déjà commander.

 Merci de passer vos commandes par mail ou au 04 68 46 25 19 aux heures de repas.

 N’hésitez à me faire part de vos questions.

 Les livraisons d’agneau bio et merguez reprendront à la fin du mois de juin, à raison d’une par mois jusqu’en décembre.

Invitation

 Vous êtes conviés à un rencontre avec « Florence Robert, une bergère au service de la biodiversité » à la médiathèque de Narbonne le 14 février à 18 h. Cette animation est proposée par le Parc Naturel de la Narbonnaise : http://www.parc-naturel-narbonnaise.fr/

Elle sera l’occasion de faire le point sur cinq années d’impact du troupeau sur les garrigues : faune, flore, ouverture des pâturages et embroussaillement, incidences du climat, difficultés et perspectives… et d’échanger autour du troupeau et du métier de berger.

 Au plaisir de vous y retrouver.

Infolettre des Belles Garrigues N° 16, novembre 2013

Ecrit le dimanche 17 novembre 2013

Infolettre des Belles Garrigues N° 16, novembre 2013

Des nouvelles et un nouvel élevage : des porcs fermiers bien dans leur peau

Les vignerons d’ici : le Domaine de la Gardiole de Sylvain Baumann

Sans oublier le jardin !

Biodiversité : les vautours fauves, des prédateurs ?

Leadership : observations et éléments de réflexion

Des nouvelles et un nouvel élevage : des porcs fermiers bien dans leur peau

Quelles sont belles les brebis cet automne ! Un troupeau homogène, disent les uns, y’en a pas une qui pèche, dit un autre, c’est vrai que l’état du troupeau est magnifique et que l’été a été excellent. L’automne est sec, trop sec, mais la garrigue tient sans peine son rang de pâturage de secours quand l’herbe ne pousse pas. Les brebis commencent à manger du génevrier-cade, du romarin, du brachypode, se régalent des fruits du filaire, et nous remplissons leurs panses, Jonathan le berger ou moi, sans problème.

Quelques agneaux, onze exactement, sont nés en septembre/octobre, c’est très peu. Pour la troisième année, la lutte de printemps ne marche pas. Les brebis ne sont plus en chaleur à partir du 15 avril, et quand nous mettons les béliers, rien ne se passe… Si nous les mettions plus tôt, les naissances auraient lieu en pleine chaleur au mois d’août, au moment où les brebis sont parquées loin de la bergerie. Trop compliqué.

Nous avons donc décidé d’ajouter un élevage de porcs de plein-air à nos brebis, qui permettra de vous livrer une viande de qualité de janvier à mai. Les cochons choisis sont le résultat de différents croisements, alliant vitesse de croissance modérée et qualité gustative. Ils ont de drôles de taches noires cerclées de gris sur un corps rose très très long (photos à venir). Pour trouver ces porcs-là, j’ai effectué de nombreuses recherches sur Internet… Et j’ai trouvé à l’infini ces images de porcs élevés en batterie, effarantes images qui semblent ne pas pouvoir être vraies. Je vous laisse le soin de faire vos propres recherches, rien de plus facile. Et de désolant.

Les nôtres auront la chance de gambader, de fouiller le sol, de pouvoir se couvrir de boue et se faire des papouilles et des chiquenaudes, une vraie vie en fait ! Vive l’élevage à la ferme !

La première livraison de porc fermier est prévue pour la fin janvier.

Les vignerons d’ici : le Domaine de la Gardiole de Sylvain Baumann

Lors d’une rencontre autour de l’AMAP de Narbonne, j’ai rencontré Sylvain et goûté ses vins du Lézignanais… superbes. Un vrai coup de cœur. Sylvain fait un vin Bio très fruité, auquel il apporte beaucoup de soin. Vendanges manuelles et vinification délicate, l’idéal est de visiter son site : http://www.gardiole.fr/accueil.

Pour cette livraison, il vous propose deux vins rouges :

Carignan-Grenache 2011, 5€ la bouteille

Ce vin (issu de raisin en agriculture biologique) souple, aromatique et puissant accompagnera parfaitement la cuisine locale, idéal avec des tapas, charcuterie, paella, fromages ; c’est un vin plaisir par excellence qui peut être servi légèrement frais (15/16 °C). Il peut aussi être servi avec une cuisine plus traditionnelle, plats cuisinés, en sauce…

Syrah 2012, 6€ la bouteille

Issu de vignes plantées très serrées (9000 pieds/ha) et travaillées manuellement et naturellement, ce vin bio puissant aux arômes de fruits et d’épices accompagnera agréablement vos repas et épatera les convives. C’est un vin idéal pour accompagner la viande d’agneau quelque soit sa préparation.

Si l’aventure vous tente, vous pouvez commander directement auprès de Sylvain tel: 06 14 47 73 66,sylvain.baumann@gardiole.fr. Je peux vous livrer en même temps que la viande d’agneau le cas échéant. J’aurai de plus quelques bouteilles et caisses à vendre dans la voiture lors de la livraison.

La formule magique : l’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.

Sans oublier le jardin !

Nous mettons peu à peu en route la vente régulière du Migon, ce fumier particulier sans paille dont nous disposons en hiver. Le migon est le booster de vos semis et l’ami de vos fleurs au printemps. Il faut le disperser en surface et griffer légèrement la terre pour l’enfouir, 15 jours avant le semis ou avant la floraison. Il s’épand à raison de 250 à 500 g par m2, pas plus. Nous vendons le Migon en sacs de 5 kg à 8 kg, au prix de 1 € le kg.

Biodiversité : les vautours fauves, des prédateurs ?

Les vautours fauves sont de très grands oiseaux nécrophages (2,70 m d’envergure, 1 m de plus que votre envergure !) indissociables du pastoralisme tout autour du monde. Très utilement, ils nettoient les carcasses, qu’ils repèrent avec une grande efficacité. Ils passent régulièrement au-dessus de nos garrigues, souvent par deux ou trois. Selon l’axe de leur trajectoire, nous savons s’ils sont en déplacement entre les grands Causses et les Pyrénées, dans ce cas cet axe est nord/sud, ou s’ils sont en prospection pour de la nourriture, l’axe est alors est/ouest. Ils sont pourvus d’une vue extraordinaire et peuvent voler à plusieurs kilomètres d’altitude. Encore des animaux aux capacités incroyables.

Pour l’instant, nous n’avons jamais vu de curée, ce rassemblement de vautours autour d’un cadavre qu’ils dévorent en peu de temps. Il faut dire que nous n’avons pas le droit de laisser les brebis mortes en garrigue. Elles sont transportées en camion jusqu’à un centre d’équarrissage. Pourtant, rien de plus naturel que le festin de ces éboueurs sauvages. Pas de coût carbone, pas de cadavre qui attend sous une baignoire, pas de risque sanitaire.

Une polémique secoue depuis quelques mois le monde pastoral, confrontant ceux qui accusent les vautours d’attaquer des bêtes vivantes à ceux qui assurent que l’oiseau ne peut pas le faire. Les seuls cas d’attaque correspondraient à des mères en pleine mise bas, et donc très vulnérables, et à des animaux malades, ou encore à une chèvre en mauvaise posture sur une falaise qu’un vautour aurait essayé de faire tomber.

Le fait est que la grogne monte d’un cran contre les loups, les ours et maintenant les vautours. 250 loups, 20 ours et 800 couples de vautours en France. Entre hyper-écolos et supers-anti-prédateurs, toute négociation paraît impossible, à grand renfort de procès, de manifestations et d’empoisonnements hors-la-loi qui mettent en danger tous les animaux sans distinction. Il est certain que les loups et les ours font des dégâts sur les troupeaux, en estive principalement, ce qui crée un stress réel pour les éleveurs et les bergers, et entraîne une modification des pratiques pastorales. Pas toujours facile et pas entièrement efficace. Le sujet est d’une grande complexité !

Quant aux vautours, c’est vrai que ce n’est pas joli de voir une bête morte étripée et engloutie par une horde de charognards (moins pire que de croquer une huître vivante?). De là à stigmatiser une espèce pour des forfaits qu’elle ne commet jamais ou extrêmement rarement ! Il faut raison garder et arrêter de chercher des boucs émissaires aussi ridicules à un sentiment d’agression qui se répand étonnamment vite. À ce rythme-là, à quand le retour des chouettes clouées aux portes des granges ?

Nous avons postulé pour disposer d’une aire de nourrissage où nous pourrions déposer les brebis mortes (11 cette année), afin que les vautours viennent nous en débarrasser. Il paraît que c’est dans les tuyaux… À suivre.

L’oiseau en photo et en infos :

http://vautours.lpo.fr/especes/especes.html

http://vautours.lpo.fr/equarrissage/equarrissage.html

Leadership : observations et éléments de réflexion

Vivre avec les animaux. J’en ai rêvé depuis toujours. Cinq années passées en leur compagnie ont donné lieu à des expériences inattendues, drôles ou troublantes. La plus grande surprise, et peut-être la plus difficile remise en cause de ce que je croyais vivre, est venue de la question du «leadership». Le mot anglais convient mieux qu’autorité, maîtrise ou domination, qui sous-entendent le recours à la force, ou à une forme de violence silencieuse. J’espérais faire vivre tout ce petit monde ensemble avec facilité, en utilisant la plus grande douceur et à force de patience. Hélas, les bagarres de chiens, les volte-face des brebis, la lutte des béliers, les coups de croc sanglants aux jarrets, la désobéissance des uns et des autres – tout du moins les comportements vécus comme tels -, ont eu rapidement raison de mon rêve de paix agraire…

Les mois passants, il a fallu comprendre, analyser, essayer de nouvelles tactiques et faire intervenir des techniciens, notamment pour les chiens. En un mot, il a fallu réinventer totalement la façon dont je percevais les animaux. J’ai cru, par je ne sais quel tour de passe-passe, que mon statut d’humain suffirait à faire de moi le chef naturel et tranquille de tout ce petit monde. Erreur ! Les chiens, par exemple, sont des animaux qui demandent une hiérarchisation précise. En son absence, les mâles se battent pour obtenir la place convoitée de dominant. J’ai mis de l’ordre entre mes chiens une fois que j’ai été capable de m’imposer au milieu de leurs bagarres impressionnantes, tous crocs sortis et grognements de fauves, en les renvoyant chacun de leur côté.

Pour les brebis, le problème est tout autre. Le troupeau est un énorme animal, avec sa tête, son corps massif et sa queue souvent à la traîne. Il se dirige comme tel, successivement en orientant sa tête et en le poussant devant soi. À part quelques rares fugues, ça marche plutôt bien. Mais il est aussi la résultante d’animaux singuliers aux caractères très différents. Quelques brebis décident d’aller manger cette jolie herbe verte un peu plus bas et votre monstre à mille pattes se découpe en confettis insolents ou vite perdus. Qui est le chef alors ? Qui est le repère ? Le berger ? Le chien, le patou ? Une brebis perdue, pourtant apprivoisée, vous ignore et fonce tête baissée en bêlant vers ce qu’elle croit être la direction du troupeau… Plus rien d’autre n’existe à ce moment-là. Et il n’est pas rare qu’elle prenne la direction opposée à ce qu’elle devrait être ! Il n’y a plus de leader dans la panique. L’instinct grégaire en tient lieu, chef désordonné, imprécis, et même dangereux. Bêler en se cachant devient le plus sûr moyen de faire revenir la bête affolée…

De mois en mois, j’ai surtout appris à donner aux animaux ce dont ils ont besoin, et c’est la clef du leadership tel que je le comprends et l’exerce aujourd’hui. La chose se fait « naturellement », simplement parce que vous êtes là au bon moment, pour l’animal qui a un problème, qui a besoin d’un service. Le chien vient vous voir parce qu’il a un bâtonnet coincé en travers du palais (deux fois) ou une épine dans un coussinet (une bonne dizaine de fois). La brebis ne vous quitte pas d’une semelle et vous regarde droit dans les yeux pour vous demander d’être là pour la mise bas imminente qui l’inquiète. Le patou vous interroge du regard quand il a entendu ou aperçu un étranger. Le cheval, à sa façon indescriptible, vous fait savoir qu’il a soif, et je ne sais pas dire comment je comprends qu’il a soif, mais je le comprends. Le troupeau vous emboîte le pas au moindre appel, confiant, certain que vous le menez vers un meilleur pâturage. Le même troupeau se rassemble en un éclair autour de vous en cas de danger. Quelle émotion ! Et enfin, ce troupeau adorable vous laisse loin derrière si le pâturage n’est pas à la hauteur des espérances. Alors, il faut faire preuve d’autorité, sans violence mais avec fermeté, pour ramener le troupeau là où il est nécessaire qu’il pâture. Tout un programme que seule l’expérience permet de peaufiner.

Mais le leadership a aussi ses questions. Nous nous demandions cet été avec le technicien de la Pastorale Pyrénéenne qui place et suit les chiens patous de protection pourquoi la chienne se positionne en leader avec le troupeau, sans conteste, et pourquoi, une fois en tête à tête avec chaque brebis, elle peut adopter un comportement de dominante ou de dominée. Exemple : Brice a testé la chienne qui était avec le troupeau dans le tunnel. Celle-ci l’a averti par des aboiements très convaincants qu’elle protégerait son troupeau s’il avançait plus, puis elle s’est placée devant la porte du tunnel, s’est retournée brièvement vers les brebis comme nous les appellerions d’un coup de tête, et les a emmenées d’un pas sans appel à l’extérieur. Toutes les brebis ont suivi alors qu’elles n’avaient pas peur de Brice. J’étais bouche bée.

Une fois dehors, la chienne rassurée s’est mise à chercher des puces dans le cou d’une brebis amie. Je ne crois pas que les chiens se cherchent mutuellement des puces. Je ne l’ai en tout cas jamais observé entre la bonne quinzaine de chiens et de chiots qui se sont succédés ici. Ce comportement, appelé grooming chez les grands singes (et peut-être les petits), m’étonne toujours. La chienne patou, en faisant de la sorte, leur rend service à sa façon, appréciée des brebis qui n’ont pourtant pas de puces… Les vaches dominantes, de même, lèchent le cou les vaches dominées.

Mais si une brebis marche par inadvertance sur la chienne patou, elle couine, essaie de se dégager, mais ne se rebelle pas, comme une bête dominée. Rien à voir avec un chien dominant sur lequel on marcherait. La réponse, grondement voire morsure, est assurée. Cette ambivalence est vraiment étonnante.

Les animaux disposent d’une grande palette de comportements et de signes pour gérer leurs relations. Les éthologues ont compris ces signes, et nous pouvons les lire mais aussi les imiter, notamment par la position du corps et la direction du regard, fondamentaux tous les deux. Il est étonnant de constater à quel point ce langage est commun aux différentes espèces présentes aux Belles Garrigues, anciennes proies ou prédateurs assagis.

La paix agraire a donc finalement eu lieu ! Bien différent d’un lien de supériorité basée sur la crainte et/ou le respect absolu, le leadership est fait d’attention réciproque, de vigilance quant aux liens de confiance qu’il faut établir et entretenir, et d’une vraie loyauté. Il faut à tout moment se souvenir du rang social de chacun et le respecter, aider ou rabrouer tel ou tel chien, telle ou telle brebis. La punition, si elle tombe, doit être exactement proportionnée à la faute, qui doit être avérée ! Pas d’erreur, sinon la confiance-reine s’effrite et il faut reconstruire… Le processus est vivant, en perpétuelle évolution, et le jeu de domino de nos relations inter-espèces est passionnant à observer.


Infolettre des Belles Garrigues n°15, septembre 2013

Ecrit le dimanche 8 septembre 2013

Sommaire

Le temps qu’il fait

Biodiversité : l’engraisse-porc

Bergers d’ailleurs : le berger de la Guisanne, Dauphiné

Prochaine livraison les 20 et 21 septembre

La recette de Fabienne : le tajine d’agneau aux figues fraîches

5 ans !

 Le temps qu’il fait

 Voilà bien un sujet rebattu et qui finalement paraît sans intérêt. On parle de la pluie et du beau temps, autrement dit, on ne parle de rien. Je croise régulièrement des viticulteurs, des éleveurs, et nous parlons nous aussi du ciel et de ses humeurs. Hypothèses, mesure des chances et des risques dans quelques heures, dans quelques jours voire la saison prochaine ! On aimerait savoir, oui, quelle épine en moins si on pouvait savoir le temps qu’il va faire. La qualité des récoltes, la nature et la fréquence des traitements, les travaux du sol, la date des vendanges, la rotation des pâturages, la qualité de la lactation, la croissance des agneaux, tout, exactement tout dépend du temps qu’il a fait, qu’il fait et qu’il va faire. La grêle, la sécheresse, la pluie, la température nocturne, l’ensoleillement annuel, la gelée, et jusqu’à la prédominance des vents, chaque donnée climatique a ses conséquences sur l’une ou l’autre de nos cultures, sur la conduite de nos troupeaux, à un degré de précision inimaginable tant qu’on ne l’a pas touché du doigt dans son métier. Un exemple : les béliers seront mis prochainement avec les brebis. Pour que l’ovulation des brebis soit bonne, il est préférable qu’elles soient en reprise de poids. S’il ne pleut pas, nous distribuerons de l’orge, à raison de 250 g par brebis par jour pendant 40 jours. Mais s’il a plu et que « l’engraisse-porc » (voir ci-dessous) repousse abondamment au moment opportun, plus besoin de la tonne d’orge que nous distribuons chaque année à l’automne. C’est ce que nous allons tenter cette année… s’il pleut à temps.

«L’engraisse-porc »

Ne cherchez pas, vous ne trouverez rien sur Internet à son sujet. Cette plante à fleurs jaunes et à feuilles poilues ressemble de (très) loin au pissenlit (les botanistes vont se crisper en me lisant, mais il faut un peu de pédagogie pour les non-initiés), et est un des trésors de nos pâturages. Elle est considérée comme une mauvaise herbe par presque tout le monde, excepté les anciens et les bergers qui la connaissent. De son vrai nom Picris Echioides, l’engraisse-porc a la particularité de pousser dans les friches de mars à octobre, et même en été. À l’heure actuelle, les friches que nous n’avons pas pâturées au printemps en sont couvertes. Même si elle est un peu sèche et normalement rèche et piquante, les brebis en raffolent. Ses graines s’accrochent dans la laine des bêtes, à vos vêtements, se glissent dans vos chaussettes, résistent au lavage, et vous la maudissez pendant des semaines, mais elle est tellement riche que les brebis engraissent en en mangeant quelques heures par jour. L’engraisse-porc engraisse donc aussi les moutons. Voilà qui arrange nos affaires pour préparer la lutte et favoriser l’ovulation.

Pour voir la plante, il suffit de taper son nom latin sur un moteur de recherche…

Bergers d’ailleurs : le berger de la Guisanne

Cette rubrique est la première d’une série consacrée aux bergers, de France et d’ailleurs.

Le témoignage ci-dessous a été envoyé par Edith :

« … et je me demande comment se débrouillait le pauvre bougre muet et simple d’esprit qui gardait les moutons il y a plus de 50 ans dans les montagnes de la vallée de la Guisanne où nous passions nos 3 mois de vacances d’écoliers à 1400m d’altitude dans une vieille baraque.

Ce berger sentait bon le mouton, était revêtu d’une peau de mouton et ne se lavait jamais, il ne disait que « hompf hompf » quand nous lui donnions en cachette les délicieuses cigarettes opiacées « Craven » avec le fil d’or que nous piquions à mon père.

Bref nous ne rations jamais le retour du troupeau vers les 7 h du soir, car ma mère nous laissait complètement vivre notre vie de sauvages et de petits paysans, sans la moindre surveillance (va dire ça aux parents actuels!!!) pourvu que nous rentrions avec les moutons, seule exigence de sa part.

Ce berger dormait en alternance dans les diverses étables du village et recevait sa soupe.

J’ignore ce qu’il faisait l’hiver, dans ce haut-Dauphiné perdu dans la neige…

Est-ce lui qui aidait à l’agnelage ? qui savait soigner les bêtes ? qui connaissait les plantes ? Probablement. Jamais je ne l’oublierai, lui et son odeur, son « parler » et ses bons yeux un peu vagues… »

Prochaine livraison de viande d’agneau bio le vendredi 20 et le samedi 21 septembre

La prochaine livraison aura lieu à Albas, Lézignan, Toulouse, et Beaumont de Lomagne. Chaque colis comprend une épaule, un gigot, 10 à 12 côtelettes, du sauté, des abats, soit un demi-agneau. Chaque portion est sous-vide, avec le nom et le poids des pièces. Vous pouvez demander que l’épaule et le gigot soient entiers ou tranchés, merci de le préciser à la commande. Si vous souhaitez un petit colis, n’hésitez pas à le faire savoir.

Nouveauté : SAUCISSE D’AGNEAU, pour vos couscous ou pour cuisiner à la poêle ou en grillade.

Tarif : 16 €/kg.

Nos tarifs pour le demi-agneau (de 6 à 8 kg la caissette):

Livraison à Albas ou commandes groupées (5 mini) : 13,80 €/kg

Livraison dans l’Aude hors Albas : 14,20 €/kg

Livraison hors département : 14,80 €/kg

N’hésitez pas à nous contacter, par mail ou au 04 68 46 25 19

La recette de Fabienne : le tajine d’agneau aux figues fraîches

Choisir des morceaux d’agneau, gigot ou/et collier : 150 à 200g/pers.

-découpez en gros cubes et les faites revenir dans une plat à tajine ou une sauteuse ayant un couvercle bien adapté, avec un peu d’huile d’olive,

-saupoudrez de 1/2 c a café de 4 épices, 1 pincée de curry, 1 de curcuma, bien remuer et laisser dorer la viande,

-ajoutez ensuite la valeur de 2 oignons doux rouge ou des Cévennes, coupés en lanières.

-Ajoutez de l’eau (juste assez pour noyer la viande, vous serez toujours à temps d’en rajouter) tout en décollant les sucs et laissez mijoter avec couvercle (pour que le jus ne s’évapore pas trop et soit concentré) jusqu’à ce que la viande soit presque cuite mais encore ferme.

-3/4 h avant de servir, ajoutez 2 à 3 figues fraîches ENTIERES / pers., que vous posez sur la viande en l’enfonçant dans le jus sans les écraser, et laissez mijoter jusqu’au service. Le jus doit avoir épaissi.

-Goûtez et salez à votre convenance

Vous accompagnez cette merveille d’une semoule de couscous nature (classique) de pommes de terre bouillies (terroir) ou de pâtes fraîches (original).

Posez les figues entières (normalement elles sont gorgées de jus) sur l’assiette, ajoutez le féculent choisi et arrosez celui-ci du jus de la viande.

Avec des figues fraîches, le plat n’est pas trop sucré.

Bon appétit

5 ans !

Ce premier septembre, cela fait exactement 5 ans que j’ai sorti le troupeau pour la première fois. Voici ce que j’ai écrit de cette première journée  :

Cent brebis pour commencer, c’est un petit troupeau. Cent brebis pour inaugurer une nouvelle façon d’aimer le monde, d’en avoir l’usage, d’y user son corps et son désir. Le lundi premierseptembre, je sors mon troupeau tout neuf en garrigue, avec Alpha la chienne. Nous montons vers la Serre d’Albas. Avant ce premier septembre, je n’ai gardé un troupeau seule que deux petites fois chez Denis. Autant dire que je ne sais rien. Alpha écoute mes ordres, « à droite », « à gauche », « stop », mais ça ne marche pas bien. Ça ne marche même jamais comme je le voudrais. Les brebis ne la craignent pas assez, et surtout, le déplacement du troupeau est loin d’être celui que je prévois ou essaie d’orienter. Elles me suivent d’abord comme de petits chiens, puis décident de tourner à gauche, là où j’ai peur de les perdre, pénétrant loin dans la broussaille. La chienne n’entre pas dans les garrigues piquantes et me regarde, désolée. Découragement et fureur intérieure se succèdent, jamais très longtemps car les brebis ressortent bientôt du taillis et me rejoignent docilement. Cette première sortie est faite d’improvisation, de questions et d’épines, mais aussi de plaisir et de magie. Nous y sommes !

Cinq ans plus tard, premier septembre 2013, je sors les deux cent quarante-cinq brebis et agnelles, avec la chienne Patou, les deux boucs, les trois boucs castrés et les cinq chèvres en cours de tarissement. J’ai avec moi Cade, la fille d’Alpha et de Tauch, qui, ses quatre ans sonnés, se révèle être une très bonne chienne de conduite, obéissante et précise comme sa mère, maline et passionnée comme son père. Nous montons sur la Monédière, chassées de notre plateau du Devès par une sympathique horde de promeneurs peu compatible avec notre poétique vagabondage, et encore moins avec la chienne Patou. Il fait à peine jour quand j’ouvre la porte du parc de Montredonnel. J’appelle, elles me suivent, inutile de se retourner. En moins de dix minutes, nous accédons au pâturage. Les brebis sont magnifiques cette année encore, grâce aux pluies du printemps qui ont laissées une aphyllante verte et fournie. Pas un mot, pas un appel, il suffit d’être au bon endroit au bon moment, la chienne se place naturellement et prolonge ainsi ma volonté, le mouvement du tout est fluide, sans heurt, sans peur inutile, il ne faut pas déranger les brebis pour qu’elles mangent bien. Voilà une règle d’or. Elles devraient faire le plein en quatre heures.

Au dessus du mont Saint Victor se lève un soleil d’or. Une nuée de traînées d’avions se détachent et s’égayent à la manière d’un gentil banc de poissons. Elles me rappellent à mes voyages, ceux que j’ai fait, ceux que je prépare. Pour l’instant, il s’agit seulement de remplir les ventres du troupeau. De la petite clairière de garrigue où j’écris ces mots, je ne vois aucune brebis. Les cloches sages m’indiquent que tout le monde broute sans bouger. On est loin des gardes agitées, inquiètes, des premiers mois. Seul le vent anime l’univers, fait siffler un pin maladif près de nous, fait trembloter les cades et ployer les longues herbes sèches. Le soleil monte lentement et les feuilles de buis brillent, brillent encore, dorées. Le ciel parfaitement limpide est rayé d’un très fin croissant de lune. Chaque chose à sa place pèse de son simple poids, fragile et immuable à la fois. L’aphyllante, le pin, le caillou, les brebis, le ciel.

Tara, la chienne Patou, surgit d’un buisson de cade et, en ondulant et tête basse, quémande une caresse que je lui accorde avec des mots doux. J’aime sa fourrure soyeuse où je plonge parfois mon visage. Elle sent la garrigue, le mouton. Du chien il ne subsiste presque rien.

Le téléphone sonne, incongru. C’est Christian, le président de l’association de chasse locale :

– On va chasser Montredonnel, c’est bon ?

– J’ai le parc là. Je redescends vers onze heures.

– C’est bon, on sera reparti, on chasse une heure, une heure et demie. Ciao !

– Ciao ciao.

Il y a de la place, il suffit de s’entendre. Si je crains les chiens de chasse qui pourraient s’en prendre aux brebis, les chasseurs craignent, eux, mon Patou qui s’occuperait férocement d’un chien qui mordrait une brebis. Réciproquement convaincus que nos animaux ne doivent pas se croiser, nous prenons soin de communiquer avant chaque chasse. Jusqu’à maintenant, cela a fonctionné.

J’attire le troupeau vers un pâturage encore plus éloigné et protégé. Là, nous sommes introuvables.

 Appuyée à un petit genévrier-cade trapu, je prends tranquillement le pouls de ces cinq années écoulées. Les épreuves n’ont pas manqué, la tempête, le vol des agneaux, les pluies violentes et la boue pendant des jours, les phases d’épuisement physique, la neige, le découragement parfois, les sécheresses, les maladies, les accidents stupides, les brebis mortes pour rien, par incompétence… Heureusement, de nombreuses rencontres et découvertes, imprévisibles, agréables, instructives, ont contrebalancé les inévitables difficultés. Elles sont même une des dimensions les plus surprenantes et positives de ce changement de vie.

La découverte de l’agriculture, de ses enjeux et de ses problèmes, forme aussi une partie non négligeable du chemin parcouru. Circuits-courts, primes, rendements, suicides d’agriculteurs, solidarité, installations, font parti des sujets qui questionnent la néo-agricultrice que je suis. Quelles agricultures pour demain ? Quelle gestion du territoire ? Quelle alimentation et pour qui ? Au rythme où les exploitations disparaissent et au vu des difficultés que rencontrent les candidats à l’installation, il y a de quoi s’inquiéter.

Je rêve que d’autres troupeaux s’installent dans les Corbières, pour qu’ils y mènent leur travail d’ouverture des garrigues embroussaillées, pour que la garrigue reste la garrigue, riche en plantes variées et en animaux sauvages. Difficile de convaincre certains viticulteurs, difficile de trouver assez de place pour un troupeau suffisamment grand, difficile de trouver les bergers-éleveurs prêts à affronter les Corbières…

Les brebis changent de place et s’enfoncent dans une garrigue en bord de plateau d’où elles ne peuvent ressortir que par un passage étroit où je décide de m’installer et de m’offrir une petite sieste, nez dans le ciel, bercée par la chanson remuante des cloches qui dessine de fugaces mélodies, bientôt effacées, défaites par le désordre des pas et des bouches affairées. Aujourd’hui, il est écrit que tout doit être paisible dans la sérénité méritée de la fête des brebis et de la garrigue. Aujourd’hui, comme tous les jours depuis cinq ans, nous pâturons dans la Nature, nous mangeons la Nature. Dans deux heures elles seront pleines. Pari tenu.


Infolettre des Belles Garrigues n°14, mai 2013

Ecrit le jeudi 20 juin 2013

Sommaire

Une bonne brebis : définition(s)

Biodiversité : le grand duc

Le vrai maître du troupeau : le pâturage

Prochaine livraison de viande d’agneau, de chevreau et de merguez, 14 et 15 juin 2013

Pleines mains


Une bonne brebis : définition(s)

Dans notre système d’élevage, nous avons fait le choix de brebis Lacaune capables de se contenter de la garrigue durant l’hiver et l’été et capables de faire 2 agneaux par mise bas (une moyenne de 1,8 en vérité). Cela n0us permet d’avoir un petit troupeau, facile à garder et à manoeuvrer dans le dédale végétal, et de produire relativement beaucoup d’agneaux. L’inconvénient de ce choix est qu’il faut distribuer céréales et fourrages riches en fin de gestation et en lactation. Néanmoins, ce surcroît de travail et ce surcoût sont compensés par la productivité de l’ensemble.

Donc, aux Belles Garrigues, une bonne brebis doit : savoir pâturer la garrigue, être une bonne laitière, ce qui favorise une bonne croissance des agneaux, être très maternelle, avoir une prolificité autour de 2 agneaux par mise bas, et avoir du format, ce qui induit de meilleures carcasses. On la préférera avec de la laine jusque sous le ventre pour bien résister au vent d’hiver. Les aplombs sont aussi importants, car nos brebis marchent beaucoup, de 3 à 6 kms par jour, sans compter les incessants aller-retour qu’elles font dans un même pâturage. La Lacaune est une marcheuse, elle mange en marchant ! Enfin, elles doivent être très grégaires, car nous avons besoin d’un troupeau avec une forte cohérence pour un gardiennage plus facile. L’expérience a montré que les brebis aventurières font des filles aventurières, qui préfèrent facilement l’inter-rang des vignes à la garrigue, ce qui complique grandement notre tâche.

D’autres systèmes d’élevage feront préférer des brebis plus rustiques, moins prolifiques, tout est question de choix. La « bonne brebis » n’est pas la même pour tout le monde.

Une des joies de l’éleveur est de choisir ses agnelles de renouvellement, celles qui composeront son futur troupeau. Les agnelles nées ici au printemps 2009 sont mères pour la deuxième fois. Les hypothèses et les espoirs se vérifient, ou non, trop petite, trop prolifique, pas laitière, ou au contraire meilleure que sa mère, ce travail sur le long terme est passionnant.


Biodiversité : le grand-duc

Dans les discussions avec nos amis naturalistes, un mot revient souvent : le mot « opportuniste ».  Qu’il s’agisse de l’aigle royal, de renard, du hibou grand-duc, du lynx boréal, du sanglier, ces gros animaux, les plus gros de nos garrigues, ont un comportement alimentaire opportuniste : ils mangent de tout (précision : le lynx n’est pas attesté officiellement dans nos régions du Sud). La faune est discrète mais présente, avec lapins, lièvres, perdrix, fouines, belettes, blaireaux, genettes, divers rapaces, des passereaux, et toutes les petites bêtes que l’on trouve dans la nature. Les conditions climatiques particulières aux Corbières, à savoir sécheresse fréquente, vent très froid en hiver, fortes chaleurs en été, et les sols plutôt pauvres ne favorisent pas l’abondance des proies. Dans ce contexte, il est donc logique que seuls les animaux capables de manger « n’importe quoi » soient capables de s’installer de façon pérenne. Les animaux trop spécialisés dans leur régime alimentaire (comme le lynx pardelle qui a besoin d’une densité de 5 lapins par hectare) ont peu de chance de survivre.

Le grand-duc par exemple « se nourrit de tout ce qui bouge, depuis les scarabées jusqu’aux faons des cervidés (ces derniers restant très exceptionnels cependant). La majeure partie de son régime consiste en mammifères (campagnols, rats, souris, renards, parfois lièvres), mais aussi les oiseaux de toutes sortes. Il peut aussi consommer des serpents, lézards, batraciens, poissons et crabes », (d’après le site« http://www.oiseaux.net/oiseaux/grand-duc.d.europe.html »). Il est ainsi capable de « prédater » (jargon naturaliste) d’autres rapaces. Le grand-duc mesure un mètre soixante-dix d’envergure et pèse de 2 à 3 kg ce qui en fait le plus gros rapace nocturne d’Europe. Les mâles commencent à chanter en début de printemps. Leur chant est très facile à reconnaître (boouu-hou qui s’entend jusqu’à 2 km) et assez facile à imiter. Il m’est arrivé de répondre ainsi à un grand-duc perché sur le Carla, petit éperon rocheux à 5oo m de la ferme. L’oiseau s’est approché et s’est perché à une centaine de mètres de moi. Belle impression ! 

Plusieurs dizaines de couples de grands-ducs vivent dans les Corbières et sur le Massif de la Clape où ils trouvent sans peine les falaises où ils aiment nicher. Comme tous les rapaces en France, le grand-duc est strictement protégé.


Le vrai maître du troupeau : le pâturage

Le berger, les chiens de conduite, le patou, les brebis meneuses… chacun prend sa place dans l’organisation du mouvement du troupeau, mais le vrai maître de tout ce petit monde est bien le pâturage. Remplir les brebis pourrait être une chose assez simple : il suffirait de les laisser aller dans des espaces riches et sans compter. Mais la science la plus difficile du berger est sans doute de ne pas abîmer les pâturages et même de les améliorer. On parle de pression de pâturage, de prélèvement, de chargement (nombre de brebis par hectare). L’observation attentive est de mise, et chaque saison demande telle ou telle pression. Très forte dans une garrigue d’hiver qui demande à être rouverte, cette pression doit être bien mesurée au printemps. Actuellement, l’herbe pousse à toute allure, et nous « déprimons » les parcelles, en passant vite et un peu partout, pour limiter la hauteur de l’herbe. En effet, une herbe haute devient plus dure, ligneuse, et moins appétante (digne d’intérêt pour les bêtes). L’idéal, selon certains spécialistes, serait de pâturer dès 5 cm de haut, et de partir une fois l’herbe ramenée à 3 cm… ! Autant dire que nous devrions faire dans la dentelle. Évidemment, ce n’est pas si simple, et nous faisons une sorte de moyenne. Rien de remplace l’expérience dans cet exercice. Tel endroit est frais avec un sol profond et l’herbe y repousse vite, tel autre est fragile et mieux vaut espacer les passages. Dans tel autre, une graminée jusqu’alors absente s’est installée et les brebis ne l’aiment pas. On les obligera pourtant à la pâturer une demie-heure par jour, pour essayer de limiter cette plante indésirable afin qu’elle laisse la place à d’autres.

Nous avons eu la bonne surprise de voir une belle diversité de graminées s’installer dans les garrigues que nous pâturons depuis quatre ans maintenant. Les brebis quittent même facilement les friches et autres vignes arrachées pour cette herbe peut-être plus goûteuse ? Plus riche sur le plan alimentaire ? Les deux à la fois ? Le comportement alimentaire des brebis est complexe et le berger apprend à connaître son territoire et son troupeau. Chaque retour à la bergerie donne lieu à l’inspection des panses, volume et  consistance : dure, spongieuse, gonflée… et nous réfléchissons à voix haute au pâturage du lendemain et de la semaine à venir et même à celui de la saison prochaine. Sans pâturage, pas de troupeau.


Prochaine livraison de viande d’agneau, de chevreau bio et de merguez, 14 et 15 juin 2013

La prochaine livraison aura lieu à Beaumont de Lomagne, Toulouse, Lézignan, Narbonne et Albas. Chaque colis comprend une épaule, un gigot, 10 à 12 côtelettes, du sauté, des abats, soit un demi-agneau. Chaque portion est sous-vide, avec le nom et le poids des pièces. Vous pouvez demander que l’épaule et le gigot soit entiers ou tranchés, merci de le préciser à la commande. Si vous souhaitez un petit colis, n’hésitez pas à le faire savoir.

Nos tarifs pour la viande d’agneau évoluent un peu :

Livraison à Albas : 13,80 €/kg

Livraison dans l’Aude hors Albas : 14,20 €/kg

Livraison hors département : 14,80 €/kg

La merguez reste au prix de 8,50 € le kg tous lieux confondus. 

Pour vos méchouis ou si vous souhaitez découper la viande vous-même, nous proposons une découpe adaptée et le prix de 11,50 € le kg, soit 195 € l’agneau de 17 kg pour environ 35 à 40 personnes.

Enfin, pour cette première livraison nous proposons du chevreau, découpé et présenté de la même façon que l’agneau, au même tarif.

Les livraisons suivantes auront lieu fin juin, mi juillet, fin juillet, fin août, mi septembre, mi octobre, et mi novembre. Vous recevrez un mail avec les dates précises trois semaines avant chaque livraison.

N’hésitez pas à nous contacter, par mail ou au 04 68 46 25 19. Les lieux et heures de livraison seront communiqués une semaine avant la livraison.


Pleines mains

Touches de téléphone, de clavier, de télécommandes, de jeux électroniques (en option), nous tapotons toute la journée… Mais nos mains d’éleveurs ! Quelle expertise ! Le temps passant et les infinies situations que nous proposent les saisons les forment à mille sensations et à mille compétences. Pour tailler les onglons trop longs des béliers, il faut une force réelle mais contenue :  surtout ne pas déraper et entailler la partie molle du pied ! Pour tâter un pis et trouver la mammite débutante à l’infime modification de consistance qui annonce la maladie, on palpe à pleine paume, consciencieusement. Quel doigté, main coincée, pour fouiller les brebis, à tâtons et les yeux dans le vague, trouver un pied, un autre, un œil mou, une petite mâchoire, déplier une patte en portant la plus grande attention aux tissus utérins et enfin extraire l’agneau poisseux. De deux doigts qui suivent méticuleusement la longueur d’un os, on peut déceler une fracture qui méritera une attelle ou un plâtre, qu’on serrera modérément mais suffisamment pour ne pas qu’il glisse. De deux doigts encore, très minutieux, on retire l’épillet (graine à l’extrémité très pointue) planté à l’intérieur d’une paupière endolorie. L’aiguille qui pique le minuscule cou de l’agneau doit être précisément orientée et placée et les premières piqûres laissent cette sensation étrange de la consistance de la chair traversée. La traite manuelle demande elle aussi de comprendre comment chaque pis doit être attrapé puis comprimé. On ne comprend pas avec son cerveau, la main cherche, apprend, se souvient de cette chèvre tranquille, de ce pis un peu court, de la plaie à préserver, est alertée par une chaleur anormale, une surface irrégulière. Nos mains d’éleveurs, aux ongles courts, épaissies, en savent long de l’aiguille qui recoud la plaie aux cent kilos du bélier à asseoir. À pleines mains, toute la journée, nous manipulons, évaluons, soupesons, contraignons, caressons… la liste est longue de tous ces savoir-faire accumulés, mais aussi transmis de bergers en bergers, bien loin du léger pianotage sur nos claviers quotidiens.

Infolettre Belles Garrigues n°13, novembre 2012

Ecrit le mercredi 7 novembre 2012

Sommaire

Une vie de bélier

Biodiversité : stratégies végétales

Le migon, qu’es aquo

Prochaine livraison de viande d’agneau et de merguez, 16 et 17 novembre 2012

Le marin

Une vie de bélier

Les béliers n’ont pas une belle vie, même si nous leur donnons tout le confort que nous pouvons. Ils ne vivent pas avec le troupeau car ils sailliraient en toutes saisons, alors qu’il est indispensable de regrouper les naissances dans notre système d’élevage (Je réfléchis cependant à une sorte de tablier anti-saillie, adapté à la garrigue, solide et près du corps, afin qu’ils puissent rester avec le troupeau et brouter dehors). Ils sont pour l’instant parqués à part. L’espace dont ils disposent est relativement restreint car à chaque fois que nous leur avons donné plus de place, ils ont immédiatement commencé à combattre. Les béliers s’affrontent à la régulière, face à face, en reculant le plus possible et en se jetant l’un sur l’autre. Le bruit du choc, terrible, s’entend à deux cent mètres. Que faire ? Le plus gros de nos béliers, 100 kg, est arrivé ici avec la peau du crâne fendue à la manière d’un melon… Une de nos vieilles brebis a osé affronter un bélier au printemps. Elle est morte sur le coup. Il y a d’ailleurs régulièrement des accidents avec des animaux peu manipulés. Mais Zébro, Guerrier, Ovitest et Neptune sont plutôt familiers, voire carrément câlins, comme Guerrier qui vient chercher des caresses, les pattes avant calées sur la claie, la tête à hauteur de mon visage, le museau contre mon cou. C’est pourtant lui qu’il a fallu séparer des autres dès que les brebis ont été en chaleur… comme son nom l’indique, il est extrêmement dominant avec ses trois congénères.

Nous mettons les mâles avec les brebis deux fois par an, en octobre et au printemps, pendant trois à quatre semaines. Ils ont la capacité de saillir chacun 50 à 70 brebis durant cette période. Actuellement, 120 brebis sont avec les béliers « viande », c’est à dire dont les gigots, les dos, les épaules sont fournis en viande, et 50 autres, les meilleures, avec les béliers « lait », améliorateurs laitiers. Les agnelles de renouvellement, nos futures mères, seront issues de ces derniers accouplements. Pour être en forme pour la lutte, c’est à dire l’époque des saillies, les béliers reçoivent du grain et du foin de qualité pendant deux mois et demi, qui est la durée de la spermatogenèse. Vu l’exploit qu’ils réalisent (chaque brebis est saillie plusieurs fois), il vaut mieux qu’ils aient « un peu de gras sur les côtes ». Nous leur coupons les onglons à cette occasion, afin qu’ils se déplacent avec aisance. Bref, ils sont au mieux de leur forme le jour J. Ils ne sortent pas en garrigue avec le troupeau, nous les enfermons dans de petites cases (toujours pour qu’ils ne se battent pas) et leur distribuons du grain et du foin. Ils ont six heures pour manger et se reposer, avant que les brebis ne reviennent du pâturage. Ils finissent la lutte amaigris, et ont quelques mois pour se refaire une santé. Les béliers sont réformés ou vendus au bout de deux ans en général, puisqu’ils risquent ensuite de saillir leurs propres filles. Nos béliers viande resteront quand à eux plus longtemps avec nous, leur progéniture étant pour l’essentiel promise à l’abattage.

Biodiversité : stratégies végétales

La garrigue, ça pique. Les plantes y sont soumises à un climat extrême, très chaud l’été, mais aussi très froid l’hiver, à cause du vent qui provoque des températures apparentes inférieures à zéro. C’est cette rigueur qui taille les arbustes, qui arrondit les cades, les couche et donne à la garrigue cet air de jardin sauvage. Si on comprend bien l’intérêt des épines contre la dent de l’herbivore, elles servent aussi parfois de feuilles et la photosynthèse s’y réalise. On connaît moins l’effet des essences de la lavande, du thym, du romarin, qui s’évaporent au-dessus des feuilles sous l’action du soleil, et qui en atténuent la brûlure. Les petites feuilles racornies et ondulées des chênes font que chaque feuille a t0ujours une partie à l’ombre. Leur apparence vernissée leur donne la qualité du miroir et réfléchit un peu de lumière. D’autres plantes poussent en s’étalant, plaquées au sol, et échappent ainsi aux dents des brebis. Une des plantes les plus étonnantes est la salsepareille, sorte de liane couverte d’épines vives, qu’on appelle ici le barbelé de la garrigue. Interdiction de tomber dans un fourré de salsepareille, on n’en ressort pas, sauf à y laisser ses vêtements. D’autres plantes, enfin, sont de véritables poisons, et il arrive qu’une jeune brebis ignorante s’empoisonne, comme la 80196 qui tombera devant moi sur la route, secouée de convulsions. Je la remettrai debout deux ou trois fois en vingt-quatre heures, jusqu’à ce que la substance toxique soit évacuée.

Le migon, qu’es aquo

Et si un autre produit de la ferme se transformait en ami de vos jardins et potagers ? Le migon est le fumier de brebis exempt de paille (autrement dit, de la crotte pure compostée). Ce fumier d’hiver particulier est sorti de bergerie en février. Il est considéré comme l’un des meilleurs engrais issus d’élevage. Moins riche tout de même que celui de volaille, il est aussi moins dangereux car il présente moins de risque de brûler les plantes. Le migon se présente sous forme de poussière grossière et se répand à raison de 2oog à 1 kg par mètre carré sur la terre du jardin. Il faut l’épandre 15 jours avant la plantation pour doper naturellement la croissance de vos plantes. Vous pouvez aussi l’incorporer à votre compost par petites couches pour l’améliorer très efficacement. Nous le proposons à la vente à raison d’1 euro le kg, dans la quantité souhaitée, livrée en sac à partir de 5 kg. Au delà d’une certaine quantité, nous consulter pour le tarif. La livraison est possible, ainsi que l’envoi par transporteur.

Prochaine livraison de viande d’agneau et de merguez, 16 et 17 novembre 2012

La prochaine livraison aura lieu les 16 et 17 novembre, à Lézignan, Narbonne et Albas. Certains colis seront plus légers que d’habitude : à partir de 5 kg et jusqu’à 8 kg au tarif de 13€50 le kg. Chaque colis comprend une épaule, un gigot, des côtelettes, du sauté, des abats, soit un demi-agneau. Chaque portion est sous-vide, avec le nom et le poids des pièces. Vous pouvez demander épaule et gigot entiers ou tranchés, merci de le préciser à la commande. Si vous souhaitez un petit colis, n’hésitez pas à le faire savoir. La merguez est au prix de 8,50 € le kg.

Le marin

Le vent marin amène souvent le brouillard. Ailleurs, il est triste ou gênant. Mais ici, cette douceur, cette humidité, cette absence de vent et de soleil ; le ciel est au repos et nous aussi. Venue de la mer proche, la brume monte la veille en un formidable rouleau qui engloutit les collines de l’est. Au matin, nous voilà dans les nuages. Moutons blancs dans l’écume blanche, ambiance de Bretagne, le berger doit redoubler de vigilance.

Tauch m’accompagne ce matin. Le troupeau a suivi sans problème jusqu’ici, coincé sur le chemin entre les vignes clôturées, les murets et la petite falaise. Les problèmes commencent ici. En gardant les bêtes bien serrées, on risque moins de les perdre. En m’écartant sur la gauche, j’ouvre le passage au troupeau et l’invite à continuer sur ce chemin qui partage le plateau en deux. À droite, une plantation de cèdres, un peu détonnants dans cette garrigue sèche, et à gauche une longue parcelle gyrobroyée appuyée à une bonne garrigue mais très embroussaillée. C’est là que nous commençons le pâturage du jour. Je double la troupe par la droite, côté cèdres, et repousse les brebis proches en chuintant entre mes dents. Une fois la tête du troupeau rattrapée, j’évite de marcher trop vite. Tout geste, tout déplacement peut être interprété comme une invitation à changer de pâturage. Au contraire, une position claire et bien choisie indique aux bêtes que c’est ici qu’il faut manger, qu’il est inutile d’essayer d’aller ailleurs. Pour l’instant, elles ont droit à cent mètres de plus qu’hier, cent mètres de garrigue vierge. Nous nous plaçons dans l’alignement cette la limite. Je lance le chien qui barre plusieurs fois la route aux brebis. Ma voix s’efface dans la forêt de cèdres et revient en écho cotonneux. -Tauch ! Tauch, aqui là ! Il suffit souvent de prononcer son nom pour que les brebis lèvent une oreille et se serrent, de peur de voir arriver le chien fou. Bien pratique parfois. Je m’assois au pied d’un joli cade sur une pierre presque plate, un peu humide, étoilée de lichens jaunes et blancs. Des gouttelettes se sont accrochées à une toile d’araignée toute neuve et la transforme en collier de pierres d’opaline. Je suis à la hauteur des brebis, je vois ce qu’elles voient : une forêt d’arbustes épars emmêlés à des herbes que l’automne fait reverdir. Un vrai dédale.

Inévitablement, Finou emmène quelques brebis en repérage dans la garrigue interdite. Impossible de lancer Tauch, il va rameuter le troupeau tout entier : je fais le travail du chien et vais jusqu’aux brebis désobéissantes. La patience est une qualité essentielle dans ce métier. Au retour, bien entendu, le troupeau a progressé de cent mètres. Nous repoussons tout le monde sans ménagement. Ce n’est pas là ! C’est là-bas que vous mangez. Je retrouve ma pierre délicatement colorée. Des pensées se présentent, anarchiques. Il faudra penser à soigner le pied de cette brebis une fois rentrés, ne pas oublier de téléphoner pour la mini-pelle, faire un saut chez le voisin et lui rendre ses clés. La brebis 90243 passe près de moi, je me souviens à peine de ce numéro, mais pas de ses agneaux. Combien de fois a t’elle mis bas depuis le début ? Le temps d’un petit casse-croûte délicieux fait de deux tartines de fromage de chèvre maison sur lequel Pierre a ajouté des anchois qu’il a préparé merveilleusement, auquel j’ajoute deux bolées de thé, une soixantaine de brebis ont poussé sous les cèdres. Là, en plus du brouillard qui s’épaissit au lieu de se lever, il est encore plus facile de les perdre. Tioutioutioutioutiii ! Ma voix me semble plus réelle que jamais et les cloches très lointaines sous la frondaison. En fait, elles ne sont pas loin et reviennent docilement. Pendant ce temps, les autres, étrangement, n’ont pas bougé. Sont-elles enfin posées ? comme on dit dans le jargon berger. Une autre tentative de fuite ne tarde pas, mais Tauch a compris les limites autorisées et se place tout seul au bon endroit, les brebis reviennent en arrière et se posent enfin. Une demie-heure. La vapeur d’eau, le lent mouvement de l’air, apportent par intermittence les parfums acidulés et fruités de la cédraie. Fleur et Ma’ broutent tout près de moi, de ce bruit apaisant et régulier de végétal broyé sous la meule de leurs mâchoires. Là, devant moi, les deux cent cinquante brebis mangent en faisant chanter leurs cloches. Je n’en vois qu’une trentaine, les autres sont dissimulées derrière la végétation ou cachées par la brume. Mais, à l’ouïe, elles sont immobiles.

Les têtes se relèvent, il est temps de manger ailleurs. Je les laisse faire, sans intervenir. Par petits groupes de vingt, elles pénètrent tranquillement dans la garrigue plus fermée qui est séparée du pâturage que nous quittons par un long cordon de pierres entassées, large de plus d’un mètre. Il devient mon chemin de surveillance, plus haut que le sol. Il n’est plus question de s’asseoir. Pour ramener les téméraires parties trop loin, je suis obligée de faire de grandes circonvolutions autour du troupeau, afin de ne pas le déranger. Mon seul repère pour revenir à mon cordon pierreux devient alors la crête des cèdres, à peine visible dans la brume. Sinon, impossible de s’orienter et de maintenir les bêtes à bon escient. Il y a bien quelques pins d’Alep, mais aucun n’est assez particulier pour faire un bon repère. Tauch excelle dans la recherche des petits lots isolés, et il m’amène à de multiples reprises loin dans la broussaille jusqu’à cinq ou six brebis mécontentes d’être découvertes, ou à l’inverse soulagées de me voir et de retrouver le chemin du retour au troupeau. Deux heures et demi passent ainsi. Garder le troupeau serré, l’objectif paraît déraisonnable à cet endroit. Il ne reste qu’à se fier au chien et à l’instinct grégaire des bêtes. Heureusement, ces brebis-là le sont.

La brume finit pas se dissiper, laissant la garrigue étincelante sous ce soleil d’automne. Nous prenons lentement le chemin du retour, qui durera une heure et demi. La toison des brebis fume doucement, les bêtes s’accrochent, ralentissent, s’arrêtent, s’éparpillent une dernière fois, font feu de tout bois, la fin du pâturage ne ressemble en rien à son début. Pour finir de se remplir, les brebis s’attaquent aux plantes grossières et ligneuses, le cade, le pin, les rares arbres à feuilles caduques y laissent leur plumage en entier.

Tauch ne sert plus à rien, le troupeau s’effiloche jusqu’aux abreuvoirs puis jusqu’au parc, chacune sait où nous allons, jusqu’à demain matin. Demain, elles auront droit à cent mètres de plus et à leur belle garrigue labyrinthique et si riche. D’ici là, elles vont ruminer le gain du jour, couchées les unes contre les autres à l’ombre des cyprès, sous la protection de la chienne Patou, baignée dans la paix pastorale qui émane d’elles et de ce rythme régulier, sans appel, immuable.


Petits-déjeuners du berger

Ecrit le jeudi 12 juillet 2012

Les petits-déjeuners du berger reprennent les jeudis 19, 26 juillet et le jeudi 9 et le vendredi 17 août.

Le temps d’une matinée, partez à la rencontre du troupeau et de la garrigue, autour d’une balade et d’un petit-déjeuner bien de chez nous. Rendez-vous à 7 h du matin à la ferme des Belles Garrigues. Nous marcherons 30 mn environ avant de retrouver le troupeau et son berger, sur l’Espace Naturel Sensible du plateau de la Mugue. Entourés des brebis et des chiens, le petit-déjeuner sera servi sur une nappe posée entre les romarins et les cades. Pain d’épices, miel, confitures, pain bio, thé, café, … La garrigue s’offrira à nous. A partir de 5 ans. Enfants 5 €, adultes 10 €. Réservation indispensable. Organisé par l’Association Collines.

Belles Garrigues, infolettre N° 11, juin 2012

Ecrit le lundi 4 juin 2012

Bonjour,

le printemps est enfin arrivé, la pluie et les agneaux aussi,

voici les dernières nouvelles de nos  garrigues,

pour commander de la viande d’agneau, rendez-vous au paragraphe correspondant,

bonne lecture,

 

 Sommaire

La sécade et la virade du Cers

Petits secrets d’agnelage

Les Nocturnes de Chopin

Biodiversité : oiseaux migrateurs

Prochaine livraison de viande d’agneau Bio : 6 et 7 juillet 2012.

Petit dialogue au bord du champ

 

La sécade et la virade du Cers

 Vous avez été nombreux à nous envoyer du réconfort et de l’eau après le petit mail qui s’appelait « état d’âme » : des embruns de pluie diluvienne de La Réunion, des flocons de Montréal, des bourrasques de Munich, de la bruine et des larmes de Belgique, des averses des Landes, … Merci ! Finalement, après des mois de sécheresse (la sécade en occitan) la pluie est arrivée, grâce à vous et grâce à la virade du Cers, ce changement d’orientation du vent, qui, de marin, repasse au nord-ouest, ce conflit générant à lui seul la plupart de nos épisodes pluvieux. Donc, la sécade a pris fin et il a plu. L’herbe a poussé, en retard, précipitamment, mais elle est là. Le gros froid de février a eu, lui, raison de nombreuses plantes emblématiques de nos garrigues. Ainsi, les tulipes sauvages et les orchidées sont rarissimes ce printemps. Elles repousseront l’année prochaine normalement ! Même le romarin et le thym ont beaucoup souffert. Les paysans ne sont jamais contents.

 

Petits secrets d’agnelage

 L’agnelage de ce printemps s’est remarquablement bien passé. Ambiance, organisation, bonne humeur, et agneaux bien éveillés, brebis ayant du lait, pâturages au rendez-vous. Les naissances se sont déroulées majoritairement en journée, souvent sous le soleil du pâturage. Les agneaux ont beau tenir sur leurs pattes en quelques minutes, ils n’ont pas assez de force pour faire le trajet retour. Il m’est arrivé d’aller chercher en voiture jusqu’à trois brebis en même temps, deux ayant déjà agnelé et une sur le point de le faire. Les agneaux de la première ont voyagé au pied du siège passager, les seconds avec leur mère, afin de ne pas les mélanger. Pour faire suivre les mères, nous tenons les agneaux par les pattes avant, nombril exposé. C’est l’odeur de son agneau qui fait suivre la mère jusqu’à la voiture, puis de la voiture à la case qui les attend en bergerie, où ils vont passer les premières vingt-quatre heures.

 Les naissances se passent en général bien et peu de brebis ont besoin d’assistance, mais nous prenons le soin d’être là en permanence pendant trois semaines, jour et nuit. Pour une mise bas qui ne se déroule pas bien, il faut fouiller la brebis et essayer de comprendre du bout des doigts ce qui ne va pas. En général, une mauvaise position de l’agneau est à rectifier : décoincer une patte, retourner un agneau qui arrive de dos, remettre une tête dans la bonne direction, repousser cette troisième patte et cette deuxième tête qui arrivent en même temps ! …, les cas sont nombreux. Le plus difficile cette année a été un cas de torsion, l’utérus ayant tourné sur lui-même ce qui obture le col. La brebis semblait prête à mettre bas depuis vingt-quatre heures, avec un pis gonflé et écarlate et des contractions sans résultat. On m’avait décrit ce cas, et j’ai vainement essayé de comprendre le sens de la vrille et de « rouler la brebis » sur plusieurs mètres afin de remettre l’utérus dans la bonne position. Cette pratique semblera barbare, mais l’éleveur se retrouve souvent face à des problèmes qu’il coûte moins cher de résoudre seul ! Finalement, le trajet en voiture vers Lézignan et le cabinet vétérinaire auront eu la vertu de redresser un peu cet utérus. De retour en bergerie, la brebis « Petite Maman », c’est son nom, a mis au monde une superbe agnelle bien vivante qui fera partie du troupeau. Vu la quantité de lait de Petite Maman, j’ai procédé à une adoption…

 Certaines brebis ont fait quatre agneaux. Suivant leur capacité laitière et leur âge, nous leur en laissons deux ou trois. Les agneaux surnuméraires deviennent candidats à l’adoption. Cette opération demande une bonne connaissance de ses brebis et un peu de chance. Il faut attendre la mise bas d’un agneau « simple » c’est-à-dire unique, issu d’une mère très laitière, et ce dans les vingt-quatre heures qui suivent. On ligote ensemble trois pattes du petit candidat, afin qu’il ne puisse pas se lever et qu’il ressemble le plus possible à un agneau nouveau-né. Il faut d’abord vérifier que l’agneau de la mère adoptante est bien unique en appuyant sur le ventre à la recherche de petits onglons bien durs, ou en fouillant la brebis si un doute persiste. L’agneau à adopter, caché dans un tissu, est approché de la brebis toute affairée à s’occuper de son premier né. Il faut simuler une deuxième naissance et glisser l’agneau dans les écoulements de liquide amniotique encore présents. Il faut ensuite lui présenter comme s’il était à elle. Les jeunes brebis se laissent prendre facilement. Les plus âgées sont parfois plus difficiles à duper. Cette opération permet à l’agneau de se développer normalement, sans lait artificiel ou lait de chèvre distribué à la louve (la louve est un seau doté de plusieurs tétines).
Autre astuce : une jeune primipare a donné naissances à deux jolis agneaux, mais les a refusé à grands coups de tête dangereux. Manu qui surveille les naissances de 20 h à 3h30 a réussi à les faire téter dans la nuit en asseyant la brebis à plusieurs reprises, afin qu’ils aient bu assez de colostrum dans leurs premières heures de vie. À mon arrivée, elle est excédée par ce comportement agressif de la brebis envers ses agneaux. Il n’y a pas d’autre solution que d’attacher solidement la brebis à une claie de la case, avec foin et eau à disposition. Même attachée, elle les chasse à coups de pieds. Ils nous connaissent rapidement et nous associent à l’heure de passer à table. Pendant deux jours, nous nous relayons six à sept fois par jour pour maintenir la mère et faire téter les petits. Je tente une libération après deux jours, mais rien n’a changé. Au troisième jour, la brebis ne charge plus les agneaux et elle reste libre. Nous la tenons toujours pour la tétée. Au cinquième jour, elle se laisse téter avec réticence. Je teste son attachement aux petits en les mettant hors de la case. Elle ne les appelle pas. Au neuvième jour, elle les cherche et les appelle. C’est gagné. Ils passeront cependant encore une bonne quinzaine en observation au « foyer », grande case où nous avons regroupé les cas particuliers et les malades.

 L’agnelage est le plus beau moment de l’année. Le plus dense aussi. La connaissance de ces « méthodes » anciennes et précises contribue à éviter l’hécatombe. Le taux de mortalité des agneaux est estimé à 25 % en France. Nous nous attelons à rester en dessous de 10%. Pas toujours simple.

 

 Les Nocturnes de Chopin

 Lors d’une arrivée à 3h30 à la bergerie, quelques notes inhabituelles accrochent mon oreille. Je trouve étrangement beaux les sons des cloches nouvellement posées. Manu a mis les Nocturnes de Chopin sur son lecteur. Je suis sous le charme, immédiatement. La nuit est profonde, les brebis immobiles dorment sur la paille avec leurs tout petits agneaux couchés contre leur chaleur. La bergerie semble un grand théâtre, avec ses éclairages indirects et dorés, ses bois roux, sa hauteur, ses objets hétéroclites. L’haleine des bêtes ferait presque monter une brume au-dessus de la litière. Tout est calme et ces notes de piano, sublimes, nous parlent de la même chose, de profondeurs légères, sombres et transparentes. L’air porte l’impalpable oiseau de nuit de cette musique apprivoisée qui retrouverait ici sa magie naturelle. Nous restons de longues minutes absorbées par ces mots d’un autre monde avant de nous souhaiter un bon début de journée et une bonne nuit.

 

 Biodiversité : oiseaux migrateurs

Le grand ballet a commencé fin janvier, et dans le désordre, nous avons vu passer au-dessus de nos têtes les milans noirs, les circaètes Jean-Le-Blanc, les bondrées apivores, les bruants proyers, les chardonnerets, les tourterelles des bois, les hirondelles, les palombes, les guêpiers d’Europe aux couleurs incroyables, les linottes mélodieuses, les serins cini, deux cigognes blanches prenant mystérieusement la direction de l’ouest et rebroussant chemin à l’aplomb de la ferme, les alouettes lulu, les busards Saint Martin, les busards cendrés, et même un superbe aigle botté, … la liste est longue et j’oublie tous ceux que je ne sais pas identifier. Les Corbières Orientales sont un lieu de passage migratoire important. Pour les curieux, n’hésitez pas à vous rapprocher de la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux) de votre département, pour aller avec jumelles et conseils avertis à la découverte des oiseaux de chez vous et ceux qui passent. Belles surprises garanties. www.lpo.fr

 

 Prochaine livraison de viande d’agneau Bio : 6 et 7 juillet 2012.

Les livraisons auront lieu à Toulouse, Beaumont de Lomagne, Lézignan et Albas. Colis de 7 à 10 kg environ, en portions sous-vide, au tarif de 13€50 le kg. Cette petite augmentation d’1 € par kilo est due au tarif de l’abattage et de la découpe en Bio, qui sont plus chers. Chaque colis est constitué d’un demi-agneau : 1 gigot, 1 épaule, environ 20 côtelettes, poitrine, collier. Le poids de chaque portion est indiqué, ainsi que son nom. La viande sous-vide se conserve 15 jours au frigo et se congèle très bien. N’oubliez pas de préciser si vous souhaitez que l’épaule et le gigot soient tranché(e/s) ou entier(e/s). Sans précision de votre part, ces deux pièces seront entières. Nous proposons cette année de la merguez de brebis, idéale pour les grillades de l’été, au tarif de 8,50 € le kilo. Ces merguez ne seront pas certifiées Bio mais proviennent de la viande de notre élevage à 100%.

 Merci de réserver votre caissette au 04 68 45 72 97 ou par mail : belle.garrigue.florence@gmail.com. Les heures et lieux précis de livraison vous seront communiqués rapidement après votre réservation.

NB pour les Audois : une autre livraison est prévue autour du 20 juillet sur Narbonne, merci de préciser si cette date qui vous convient mieux.

 

Petit dialogue au bord du champ, inédit et véridique.

Départ au pâturage, le troupeau prend sagement le biais pris depuis plusieurs jours maintenant, ourlet mouvant de laines écrues au bas de la Coste de la Lebre. Il faut vingt minutes pour rejoindre le bout du vallon. Là, la bergère prend à gauche et traverse en rêvassant la prairie bien verte que les brebis adorent, les chiens au pied. Une fois de l’autre côté, elle se retourne et surprise ! pas de brebis à sa suite. Une partie du troupeau est massée en haut du talus qui surplombe le pré. L’autre moitié mangeotte au-dessus, distraitement.

Elles s’interrogent du regard, inquiètes, baissent la tête au ras de l’herbe, évaluent le risque et l’appétence de la prairie qui s’offre. Elles discutent :

– Mais tu vois bien qu’elle nous attend

– Mais non, on n’a pas le droit d’y aller

– Moi j’y vais pas, c’est trop dangereux, les chiens vont nous sauter dessus

– Mais regarde toute cette herbe !

– Hier, le berger a dit de ne pas y aller

– Oui, on s’est faites gronder

– Moi j’y vais !

– Le chœur : NOOOON !!!

– Bon, d’accord ! La brebis téméraire s’arrête à mi-talus et broute.

Au milieu de l’amoncellement de laine, il y a Fleur, la brebis 30224, apprivoisée. Fleur regarde la bergère attentivement, indécise.

 La bergère :

– Tchipitchipitchipitchiii !!!

Fleur hésite.

La bergère :

– Tchouloutchouloutchoulouchtouou !!!

Le chœur parfaitement immobile :

– MEEEEHHH !

Fleur :

– Mééh !

La bergère, se faisant persuasive :

– Tiououtiououtiouou !!!

Fleur :

– T’as dit quoi ?

La bergère :

– Mééh !

Fleur :

– Je ne suis pas sûre d’avoir bien compris !?

La bergère, en articulant:

– Mèè–èèh ! Mèèhh !

Fleur la regarde toujours droit dans les yeux et ne bouge pas.

La bergère s’exclamant et se retournant :

– Et M…. !

Le troupeau comprend tout à coup et dévale le talus.

Ainsi va la vie du troupeau, toute de communication savante. Tant qu’on regarde un troupeau droit dans les yeux, on se comporte en prédateur, on lui fait peur. En se détournant, on lui autorise le passage. J’aurais dû le savoir.

Belles Garrigues, Info N°10, février 2012

Ecrit le lundi 20 février 2012

Sommaire :

L’aphyllanthe de Montpellier, plante miraculeuse

Les brûlages dirigés

Tauch, Berger de Crau

Bio : conversion entamée

Prochaine livraison de viande d’agneau de garrigue

Coup de pouce

Bain d’agnelles

 

L’aphyllanthe de Montpellier

Voilà notre plante magique des Corbières. L’aphyllanthe de Montpellier est une plante étrange, sans feuille, qui ressemblerait à un gros pied de ciboulette bien dru, c’est-à-dire à un faisceau de tiges assemblées en une touffe plus ou moins dense et large. Ses tiges sont si dures qu’on en faisait des brosses autrefois. Elle fait une très jolie fleur bleue que les enfants mangeaient sur le chemin de l’école au mois de mai. Sans l’aphyllanthe, pas de brebis dans les Corbières, car elle reste verte même en été, et est très riche en énergie, en plus de sa bonne digestibilité. Les brebis en raffolent, comme les chevaux et les lièvres. Son seul inconvénient est de ne pousser qu’une fois par an. Autant dire que la ressource est précieuse et qu’il faut gérer les garrigues à aphyllanthe avec soin, pour ne pas se retrouver pris au dépourvu à partir du mois de décembre.

https://picasaweb.google.com/belle.garrigue.florence/LAphyllantheDeMontpelllier

 

Les brûlages dirigés

Écrit en collaboration avec Jean–Paul Baylac du SDIS 11

Les Corbières, comme toutes les zones méditerranéennes, sont sensibles aux risques d’incendie, surtout en été. La végétation riche en essences naturelles et de plus en plus embroussaillée s’enflamme à la moindre étincelle, à un point difficilement imaginable. Le SDIS (Service de Défense Incendie-Secours) a pour mission de protéger les personnes, les biens et les milieux naturels de l’incendie, notamment en maintenant possibles les accès à toutes les communes et à toutes les portions du territoire repérées comme sensibles. C’est dans cette perspective que notre troupeau est subventionné pour maintenir ouvert, selon une grille de notation particulière, les zones ayant fait l’objet d’un brûlage dirigé. Ces brûlages laissent certes derrière eux des squelettes noirs inélégants, mais ils sont, comme le pastoralisme, le prolongement d’une activité ancestrale qui a modelé l’identité de nos paysages. La fermeture des garrigues et l’embroussaillement rapide des pelouses que nous observons actuellement, remettent en cause cette identité, mais également la sécurité des populations. Ils seront responsables dans un avenir proche du développement d’incendies d’une puissance et d’une étendue que nous n’avons jamais connus jusqu’à présent dans le département. Les brûlages dirigés peuvent certes avoir des conséquences mineures et temporaires sur la petite faune, lézards, serpents ou insectes enfouis dans le sol, mais le bilan global de ce type d’ouverture du milieu nous semble positif, tant en matière de végétation, qu’en matière de biodiversité. C’est d’ailleurs à ce titre, que la plupart des documents d’objectifs Natura 2000 du département prescrivent cette technique pour la réouverture des milieux. Ainsi, les bruants ortolans sont revenus s’installer sur le plateau d’Albas dans le mois qui a suivi le brûlage dirigé (source LPO). Certains bergers ou éleveurs préfèrent le girobroyage, qui consiste à broyer la végétation avec un tracteur et des chaînes tournant à toute vitesse. D’effet moins spectaculaire que le feu, cette méthode a aussi des avantages et des inconvénients, mais elle ne peut pas être mise en œuvre à grande échelle pour des raisons financières ou techniques. Notons enfin qu’après un incendie d’été, le sol est brûlé sur plusieurs dizaines de centimètres de profondeur, mis à nu et souvent détruit par les orages d’automne. Il n’en est pas du tout de même dans le cadre d’un brûlage dirigé hivernal, qui ne provoque une élévation de température que dans les 3 à 5 premiers centimètres et qui préserve l’enracinement des arbustes et des graminées, qui pourront recoloniser l’espace et couvrir le sol dès le printemps suivant. Voir des photos de brûlages dirigés sur nos pâturages :

https://picasaweb.google.com/belle.garrigue.florence/BrulagesDiriges

Tauch, Berger de Crau

Tauch est arrivé dans notre vie avant le troupeau, donné par le berger qui m’a formée et vendu les brebis. Son nom lui vient d’une montagne proche, le Mont Tauch. Les Bergers de Crau sont originaires de la plaine de la Crau, appelée aussi Camargue sèche. Il y a moins de deux cents représentants de la race répertoriés en France. Elle vient de justesse d’être repérée et est en voie de sauvetage (cf. l’article ci-dessous). Tauch, sans être tout à fait de race pure, a toutes les caractéristiques du Berger de Crau : tempérament très fort, endurance hors du commun, courage, passion pour le travail, protecteur de son troupeau contre tous types d’intrus. Les Bergers de Crau ont été sélectionnés pendant des siècles pour garder les troupeaux et pour les accompagner lors des longues transhumances depuis la Crau jusqu’aux Alpes. Il leur fallait protéger les cultures tout le long de la route, pendant les trois semaines que durait la transhumance. Ils sont infatigables ! On parle de chiens de rive, plus à même de garder une vigne ou un bord de route que de contourner le troupeau de loin, même s’ils peuvent aussi apprendre à le faire. Tauch a commencé à suivre le troupeau à cinq mois, et le gardait seul à sept mois, beaucoup trop tôt selon les spécialistes. Bien que castré, son énergie est telle qu’il est un chien difficile à canaliser, de même que son agressivité envers les autres chiens mâles. La dernière altercation qu’il a eue avec notre Patou lui a valu l’os d’une patte sectionné net (heureusement, sans blessure), et trois mois d’arrêt, sans parler des frais ! Avec sa bergère, Tauch est un chien extraordinaire de tendresse, de dévouement et de passion au travail, essayant de bien faire et toujours prêt à travailler. Un gentil monstre !

 

Des photos :

https://picasaweb.google.com/belle.garrigue.florence/TauchBergerDeCrau

Un article sur cette race de chien de travail :

http://www.patre.fr/actualites/elevage-chiens-de-conduite-le-berger-de-crau-une-race-rustique-a-redecouvrir&fldSearch=:INXSX8PU.html

À lire : « Le serpent d’étoiles » de Giono.

Bio : conversion entamée

Après bien des tergiversations, nous passons en Bio. Le troupeau est actuellement en conversion, et si tout se passe bien, nos agneaux seront Bio à la fin juillet, après 6 mois où tous les soins et tous les aliments seront conformes à la réglementation Bio. Les contraintes supplémentaires sont peu nombreuses pour nous qui avions déjà des pratiques plutôt respectueuses de l’environnement. Les temps d’attente après traitement sont doublés. Et les animaux ayant reçus plus de trois traitements dans l’année sont sortis du schéma Bio pendant 6 mois à nouveau, avant de pouvoir être réintégrés dans le circuit. C’est un cas plus que rare, mais ça peut arriver (morsures, plaie infectée qui ne guérit pas…). Nous allons mettre l’accent sur les soins naturels, argile, huiles essentielles, etc., … Cela demande encore plus d’attention et des soins plus fréquents, mais le jeu en vaut la chandelle. Les agneaux auront-ils meilleur goût ? L’avenir le dira, rendez-vous dans quelques mois… En attendant, les agneaux nés à l’automne mangent tous les jours en garrigue en plus de leurs céréales et foin bio, et ils seront prêts bientôt.

 

Prochaine livraison de viande d’agneau de garrigue : le vendredi 9 mars

Elle aura lieu à Toulouse, Beaumont de Lomagne, Lézignan et à Albas le vendredi 9 mars. Colis de 7 à 9 kg environ, sous-vide, au tarif de 12€50 le kg. La viande sous-vide se conserve 15 jours au frigo et se congèle très bien. N’oubliez pas de préciser si vous souhaitez que l’épaule et le gigot soient tranché(e/s) ou entier(e/s) au choix. Sans précision de votre part, ces deux pièces seront entières.

 

Merci de réserver votre caissette au 04 68 45 72 97 ou par mail : belle.garrigue.florence@gmail.com. Les heures et lieux précis de livraison vous seront communiqués rapidement après votre réservation.

 

Coup de pouce

Emmanuelle Bernier, compagne de Christophe, berger à la ferme pour le quatrième hiver, est naturopathe et nouvellement arrivée dans les Corbières. Elle partage son temps entre coups de main à la ferme et consultations en naturopathie, étiomédecine et massages de relaxation. Les consultations ont lieu dans son cabinet, à l’étage de la Bioshop de Lézignan, en face d’Intermarché. La naturopathie s’adresse à celles et à ceux qui souhaitent retrouver ou maintenir leur santé avec des moyens naturels. Elle passe par une adaptation personnalisée de l’alimentation avant de proposer d’éventuelles complémentations alimentaires, de la phytothérapie et des soins énergétiques. C’est une approche globale de la personne, qui s’intéresse au terrain personnel et aux dysfonctionnements internes plutôt que de s’attaquer aux seuls symptômes.

L’étiomédecine complète l’approche naturopathique : c’est une technique d’accompagnement qui vise à soulager les mémoires de souffrance émotionnelle qui contribuent à nous rendre malades, malheureux ou simplement un peu perdus.

Emmanuelle Bernier, consultations sur rendez-vous, 06 09 38 68 74

 

Bain d’agnelles

Le temps d’un week-end viennent ma nièce et une de ses copines. Pour apprivoiser nos agnelles de quelques mois, vite effarouchées, nous passons du temps avec elles dans la bergerie. Une fois assises, il suffit de ne plus bouger, elles s’approchent prudemment, emportées par la curiosité. Après quelques minutes, elles s’enhardissent et les voilà qui grignotent nos vêtements, nos doigts, nos cheveux, nos oreilles, qui nous dévisagent nez à nez et les yeux dans les yeux. Si la tentation est grande de ne pas les laisser nous manger vivantes, la consigne est à l’inverse de ne pas les effrayer, et donc de repousser doucement les coups de dents trop vigoureux. Cheveux tirés et oreilles pincées, les petites visiteuses citadines adorent cependant toutes ces sensations fortes. C’est vrai que rien ne ressemble à cette ambiance de bergerie tiède et sentant bon le foin, littéralement cernées que nous sommes par les agnelles, à la nuit tombante, loin de la ville, très loin de la ville. C’est nous qui sommes devenues les bêtes curieuses, l’attraction de cette tribu animale. Elles sont nombreuses et un léger sentiment d’oppression distille en nous une délicieuse et joyeuse peur. Nous décidons d’appeler ce moment « bain d’agnelles ».

Christophe qui nous rejoint se rappelle un éleveur qui pratiquait cette imprégnation tendre en disant : – Je gagne du temps, d’une voix basse, lente et rude.