Infolettre, mars 2020

Written by florence on lundi, mars 9th, 2020

Bonjour,

Beaucoup de choses depuis la dernière infolettre ! Et d’abord, l’immense chance de voir publier Bergère des collines par la maison d’édition José Corti dans la collection Biophilia. La sortie est prévue le 12 mars. Puis, quelques mots du voyage au Kenya, qui fut retournant. Enfin, un agenda chargé jusqu’au début de l’été. Vous êtes invités à venir nous rejoindre pour les grands moments de la vie du troupeau : naissances en mars puis transhumance en mai jusqu’à la mer en deux jours. En juillet, je propose un stage d’écriture dans le Vercors, magnifique massif calcaire que se partagent trois meutes de loups.

Bergère des collines
Certains d’entre vous connaissent Bergère des Corbières, qui racontait la première année de l’existence de la ferme, ou, comment je suis devenue bergère dans les garrigues d’Albas. La maison d’édition José Corti a exprimé son intérêt pour ce texte et m’a demandé d’écrire la suite, dix ans après. Voici donc Bergère des collines, qui rassemble les deux textes et témoigne de l’aventure complète. Sortie le 12 mars dans toutes les bonnes librairies et sur www.lalibrairie.com

Rencontres autour de Bergère des collines

  • Jeudi 23 avril à la librairie Ombres blanches à 18 h à Toulouse
  • Samedi 25 avril à la MJC de Carcassonne et samedi 5 juin à la médiathèque de St Laurent de la Cabrerisse, organisées par Luciole
  • Samedi 6 juin, salon du Livre de Narbonne, sur le stand de la librairie Libellis

Extrait :

«  – (Viens, suis moi) semble dire Cade la chienne.

Qu’est-ce que tu veux ?

(Alors, tu viens ?)

Tu m’emmènes voir les chiots ? Tu sais où Puppie a fait ses petits ?

Puppie m’a demandé de lui ouvrir la porte vers minuit. Au matin, Cade m’invite à la suivre : elle me montre le chemin qui descend à la bergerie, tête tournée vers moi, ce qu’elle ne fait jamais. Quand je fais mine de rentrer à la maison, elle revient vers moi et me montre à nouveau le chemin à suivre. – D’accord Cade, je te suis. Elle m’amène sans hésitation au tunnel où est stocké le fourrage. Puppie a mis bas sous les balles de luzerne. Je congratule Cade, tu es mignonne. Si on m’avait dit qu’un jour un de mes chiens m’indiquerait si clairement un lieu de naissance, je ne l’aurais pas cru.

Privilège d’éleveuse et d’amie intime, je plonge la main dans la fourrure odorante et poisseuse et extirpe un premier chiot : bleu merle ! De plus, c’est une femelle. Puis une autre, encore une, et une dernière, plus deux mâles noir et blanc. J’exulte. J’ai toujours rêvé d’avoir un chien de conduite bleu. Cette robe gris perle est émaillée ici et là de taches plus sombres et parfois de traces rouille. Ces chiens ont souvent un œil ou les deux yeux bleus. À l’heure de choisir ma future chienne de travail je n’aurai que l’embarras du choix. Puppie était la plus petite et la plus futée de sa portée. À cinq semaines, elle était la seule des quatre chiots à pouvoir téter debout sous le ventre maternel tout en surveillant activement ce qui se passait autour. Ce détail saillant l’avait désignée pour succéder à Alpha. Cette dernière portée de Puppie résonne comme un cadeau.

L’une d’entre vous sera mienne, je serai tienne, chienne énergique, intelligente, adorable, sans doute possible. Têtue comme Puppie ? Docile comme Scorbut ton père ? Timide comme Cade, ta tante ? Ou hardie comme Typhus, ton demi-frère ? Où est-ce écrit tout ça, dans ce corps juste ébauché qui tient dans une main ? Où était-ce écrit dans l’embryon de quatre cellules, il y a deux mois ? Dans l’ovule juste fécondé, au moment où il s’est refermé sur le premier spermatozoïde entré ? Là, ton œil bleu ou noisette, et là cette manie infernale mais utile d’encercler toute chose vivante qui se déplace, là les enfants pincés au mollet que tu sauras rassembler en petite troupe moitié rigolarde moitié pleurnicharde une après-midi d’anniversaire, et là notre entente à venir, façonnée par la domestication. Où est-ce écrit tout ça dans la toute première et invisible cellule ? »


Retour du Kenya : vivre avec les grands carnivores

Je voulais savoir comment les Massaïs cohabitent avec les grands carnivores. Je fus servie ! Toutes les nuits, les hyènes ont attaqué les campements environnants, aidées en cela par des pluies nocturnes très denses. Chaque matin, j’ai pu me rendre avec Leonard, un des chefs de la communauté, dans ces boomas entourées de haies épineuses afin de discuter avec les éleveurs et essayer de comprendre avec eux ce qu’il est possible de faire pour les protéger mieux. La pire attaque fut celle d’une booma à la haie peu fournie où une seule hyène a tué cinq chèvres en une nuit. Le trou dans la haie périphérique était parfaitement dans l’axe de celui qu’elle a fait dans l’enclos des chèvres. Au plus direct. Cinq chèvres, c’est une partie non négligeable du capital d’une famille Massaï. Le plus triste fut la visite rendue à une femme seule avec deux jeunes enfants à qui les hyènes avaient pris huit brebis en deux mois. Une partie de l’argent collecté en décembre (crowdfunding qui avait réuni 1400 €) a été affecté à lui racheter du bétail et à payer quelqu’un pour renforcer sa clôture.

Les Massaïs cohabitent avec les grands carnivores par force et les considère comme des ennemis à éliminer. Le gouvernement interdit de s’en prendre aux fauves, mais ils ont cependant tué à coups de lance une lionne qui avait blessé deux personnes et tué la troisième. C’était deux mois avant mon séjour, pas très loin. Pour autant, ils ne considèrent pas les prédateurs comme leur premier problème. La quantité de travail avec le gardiennage des troupeaux et les maladies du bétail passent avant.

Bien entendu, nous avons évalué ensemble les solutions à mettre en œuvre en comparant nos systèmes respectifs, clôtures d’épines et lances contre clôtures électriques et chiens de protection. Mais au-delà des hypothèses et des esquisses de projets, je suis rentrée bouleversée par l’accueil qui m’a été réservé. Une bergère chez d’autres bergers, ça ne laisse personne indifférent. D’ailleurs, la plupart ne croyait pas qu’il y avait de bergers en Europe : être berger, c’est être pauvre, et comme chacun sait, il n’y a pas de pauvres en Europe… Quelle incrédulité quand je leur ai annoncé que j’avais 166 brebis, 26 chèvres, et que c’était un petit troupeau. La famille la mieux dotée comportait une centaine de têtes toutes espèces confondues pour une vingtaine de membres. Pauvres, ils le sont selon nos critères, et il arrive qu’ils aient faim. Mais quelle richesse humaine ! La solidarité, bien palpable entre eux et solidement entretenue par leur culture, crée un lien social extraordinaire qui leur permet d’affronter ensemble les périodes de disette et les crises. Un Massaï dans sa communauté n’est jamais seul, j’ai eu l’occasion de le comprendre à plusieurs reprises. Belle leçon.

L’avenir proche mettra peut-être cette solidarité à l’épreuve. Les criquets qui envahissent l’Afrique de l’Est, à cause des pluies de décembre justement, dévorent tout sur leur passage et le pâturage risque de manquer rapidement. Pays de calamités naturelles et de grande solidarité, je ne peux que faire le lien entre les deux.

Leonard, qui a été mon accompagnateur, sera en France au mois de mai. Nous projetons d’organiser des rencontres afin de mieux faire connaître la culture Massaï et particulièrement la micro-région de Selenkay où j’ai effectué mon séjour. Si vous êtes susceptibles d’organiser une telle rencontre, merci de me contacter.

Je projette de retourner dans cette communauté l’hiver prochain avec ceux qui le voudront. Au programme, plongeon dans la culture Massaï, marche de 5 à 6 jours dans la brousse à la rencontre des éleveurs, observation des nombreux animaux sauvages et nuits dans les campements à l’écart des circuits classiques, visite du Parc Naturel d’Amboseli au pied du Kilimandjaro. Séjour organisé avec une agence de voyage.

Photos par ici

Agenda, rencontres et stages

  • Naissances à venir rendez-vous les dimanches 22 et 29 mars à la ferme. Vous êtes invités à assister à des mises bas. Veuillez arriver à 13h30 précise, car c’est un horaire très favorable. Prévoir de rester jusqu’à 16h30 environ.
  • Transhumance «jusqu’à la mer» les 4 et 5 mai
  • Brebis et agneaux partent se mettre au vert dans les centrales photovoltaïques de la côte. Nous transhumons en suivant partiellement le Sentier Cathare : direction la mer, en traversant l’inoubliable plateau de Roquefort des Corbières. Cette transhumance dure deux demi-journées. Camping possible avec le troupeau pour un petit nombre de personnes. Premier jour, 8 kms. Second jour, 12 kms. Ces dates sont susceptibles de changer en fonction de la météo. Pour les lève-tôt, possibilité de participer à la transhumance retour, début juin.
  • Écrire en mai, Luciole, au château de Gaujac, Lézignan, les 22, 23 et 24 mai
  • Stage d’écriture dans le Vercors du lundi 6 au vendredi 10 juillet
    J’ai découvert la richesse et la beauté du Vercors lors d’un récent stage autour du loup avec l’association Mille traces http://www.mille-traces.org/. Depuis, l’évidence me poursuit : écrire là-bas, là-haut, parmi les troupeaux de brebis, les cerfs, les bouquetins, les chamois, et les loups bien sûr. Sous l’ombre fraîche de la forêt, au bord des falaises, devant un panorama à couper le souffle, il faut aller rencontrer le Vercors ! Nous alternerons les temps d’écriture et des balades et visites, ainsi que des temps d’affût en espérant que la faune, petite ou grande, nous offrira de rares moments de complicité. Ce stage est ouvert à tous. Il faut pouvoir marcher deux à trois heures en terrain plat à légèrement vallonné. Du lundi 9 h 30 au vendredi 16 h. Stage d’écriture, 5 jours : 240 €. Nombreuses solutions d’hébergement sur place, organisation, me consulter.
 

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