Infolettre des Belles Garrigues N° 36, février 2018

Written by florence on dimanche, mars 25th, 2018

Les ventres s’arrondissent, il faut trier

Naissance dans la nature

Après Bergère des Corbières : La forêt confisquée, sortie mi-mars

 

Les ventres s’arrondissent, il faut trier

Nous attendons les premières naissances. L’inspection attentive des pis et des ventres bien gonflés est quotidienne. Telle brebis en attend au moins deux, ça se voit, celle-ci paraît vide, mais comme les béliers ont été laissés trois semaines avec les futures mères, les mises bas vont s’étaler jusqu’au 3 ou 4 avril… Donc, les dernières ne mettront du pis que tardivement, spécialement les plus jeunes. Leur corps ne se modifie que quelques jours avant la mise bas parfois !

Les futures mères sont triées tous les soirs, de façon à leur donner du grain, un mélange d’orge et de pois qui les aide à assumer à la fois la production de lait qui va se stocker dans leur pis et la croissance des agneaux, qui doublent de poids durant le denier mois. Le tri s’effectue avec une porte spéciale, orientable. Les futures mères sont différenciées des mamies et des jeunes, qui n’ont pas besoin de grain, par un point bleu tracé entre leurs omoplates. Elles accèdent donc à la bergerie et à grands renforts de cris, appellent le grain… qui tombe miraculeusement devant leur nez quelques minutes après sur le quai de béton.

Trier au retour du pâturage est une activité satisfaisante : une petite caresse à celle-là qui en a besoin avant de repartir, pousser celles qui s’arrêtent, un peu hésitantes avant de franchir la porte de métal, admirer l’adresse des brebis cornues qui tournent la tête pour s’engager dans le passage étroit… j’inspecte au passage les états d’engraissement pour savoir si elles ont besoin d’aide, c’est à dire d’un vermifuge, ou de plus de grain… trois mamies ont ainsi rejoint le lot des mères et la ration de grain du soir… je souris au passage des jeunes nées l’année dernière, mignonnes et un peu sauvages… j’encourage Petit Mouton, un agneau mâle handicapé, petite mascotte qu’il a fallu sortir d’un ventre aux forceps et qui est resté parmi nous… il faut aussi surveiller la maturité sexuelle des agneaux mâles nés en automne, pour ne pas se retrouver avec des naissances non voulues ! pour eux, le destin sera moins tendre… les autres mamies connaissent la musique par cœur et aimeraient bien entrer elles aussi dans la bergerie pour avoir du grain, il faut les dissuader avec persuasion quelquefois… il y a aussi Samantha, vieille chèvre rompue à toutes les manœuvres qui m’interroge du regard quand elle veut quelque chose… et ce soir je détecte que 90005 est pleine, comment est-ce possible ? c’est une mamie ! j’espère qu’il n’y en aura pas d’autres…

Et vivement dimanche, date théorique de la première mise bas.

Naissance dans la nature

Un message de Jérôme le berger : il manque deux chèvres Pyrénéennes, introuvables. Elles ont quitté le troupeau. Je sais que Fitou n’est pas loin de mettre bas. Pour Juanita, je ne sais pas. Mais pas de souci, ces deux-là vont rester ensemble et revenir, elles connaissent le pays par cœur.

Le lendemain, il fait trop mauvais pour sortir le troupeau. Jérôme repart fouiller les bartas (broussailles) sous la pluie. Pas de chèvres, mais il trouve un chevreau mort. Laquelle a mis bas ? Y a t’il un jumeau vivant ? Où sont-elles passées ?

Le lendemain, Fitou rentre seule. Les poils souillés de ses pattes arrière montrent qu’elle aurait dû rentrer accompagnée. Pas de chevreau. C’est bien dommage. Heureusement pas de mammite, les pis ont supporté de ne pas avoir été tétés. Vive les races rustiques ! avec les Alpines, très productives, le lait surabondant aurait engendré une inflammation.

Où est Juanita ?

Le lendemain, message de Jérôme : Juanita est là, à quelques centaines de mètres de l’endroit où elle a disparu, avec un chevreau vivant. Ouf ! Nous concluons que les deux chèvres sont restées ensemble pour la mise bas de l’une, qui a déclenché celle de l’autre. Cela arrive quelquefois. Hélas, le premier chevreau n’a pas survécu, pour une raison inconnue.

Des cloches se font entendre, les voilà, le chevreau porté dans la veste d’hiver, Juanita qui suit le berger, et le troupeau en bandoulière.

Mais il boite ce chevreau… une patte arrière est cassée sous le jarret, sans déplacement des os. Ce serait bien qu’elle vive cette petite bête. D’ailleurs c’est une chevrette. Impossible de plâtrer ou de faire une attelle à une si petite patte. Normalement ça va se ressouder tout seul.

Encore quelques jours, et elle pose la patte.

Six jours de plus et elle fait de petites bonds sur le tas de foin de sa mère. Quelle manifestation de vitalité ! Et ce plaisir indicible d’éleveur et de berger…

La forêt confisquée, sortie en mars

Depuis Bergère des Corbières, paru il y a trois ans, je suis partie à la découverte de la forêt primaire au Costa Rica en janvier 2017, puis Bornéo m’a accueillie pour un séjour d’écovolontariat en septembre/octobre auprès de la faune sauvage orpheline et à la recherche d’orangs-outans sauvages. Ces deux voyages en forêt tropicale m’ont profondément bouleversée. La forêt sauvage est extraordinaire, belle, envoûtante. Entre carnet de bord et reportage, je vous livre, dans La forêt confisquée, mes impressions de voyage, mais aussi un état des lieux des menaces qui pèsent sur la forêt et ses habitants, humains, animaux et végétaux. On entend beaucoup parler de l’huile de palme et des saccages que cette culture engendre. J’ai découvert une situation bien plus complexe, au cœur de laquelle nous pouvons jouer un rôle, ici et maintenant.

La forêt confisquée, 215 pages,

Prix : 23 €. Tarif réduit pour les frais de port jusqu’à fin avril : 2 €.

Me consulter pour le commander.

3 € par livre sont reversés à deux ONG en Malaisie et en Indonésie.

Il est possible d’organiser des lectures-rencontres autour de ce livre et de ce thème.

 

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