Infolettre n°32, décembre 2016

Written by florence on mercredi, juin 18th, 2014

Une nouvelle brebis aux Belles Garrigues : la Mérinos

Le tri à la cloche

Sortie en forêt tropicale le 6 janvier

Une nouvelle brebis aux Belles Garrigues : la Mérinos

Vous vous en souvenez peut-être, des brebis Rouge du Roussillon étaient arrivées ici en janvier dernier. Apparemment, elles n’ont pas apprécié nos garrigues, et sur les trente agneaux nés, seuls une dizaine ont pu être vendus… les autres n’ont pas grandi, ou mal, ou sont morts. La raison principale de cet échec tient à la conduite que nous avons du troupeau : nous sortons agneaux et mères sous la surveillance du berger pendant 8 à 9 h par jour au printemps. Nous avons constaté que les mères Rouge se couchent près de leurs rejetons dès que ceux-ci ont assez mangé, soit au bout d’une heure et demie environ, et ne remangent ensuite que quand les petits se relèvent. Elles suivent ce rythme toute la journée et ne mangent donc pas du tout assez pour faire du lait. Nos brebis Lacaune mangent, elles, toute la journée et profitent donc au maximum de ce temps imparti pendant que leurs agneaux vivent leur vie en petits groupes assez indépendants (parfois trop). Les Rouge sont parties continuer leur vie chez Lorraine qui vient de reprendre la ferme familiale non loin d’ici. Là-bas, elles sont en parc et peuvent donc manger à volonté… elles y sont déjà devenues plus proches de l’humain, elles qui étaient si sauvages ici, tout est question de conduite !

Lors de l’estive en Lozère en 2015, j’ai perdu beaucoup de brebis alors que le troupeau de Mérinos de Christophe qui était avec nous n’a pas subi de pertes ! Voilà la brebis qu’il me faut ! Douce, très solide, capable de valoriser la garrigue, ne faisant qu’un agneau, il faut essayer, pour remplacer progressivement mes Lacaune (adorées cependant) un peu fragiles et surtout trop prolifiques. Une cinquantaine de Mérinos et leurs filles ont donc rejoint notre troupe, pour le meilleur et, je l’espère, pas pour le pire. Deux béliers sont aussi arrivés le 31 octobre, impressionnants et majestueux. Hélas, ils n’ont pas travaillé car les brebis n’ont pas été en chaleur. Ces Mérinos sont descendues fin octobre de la montagne, et il semble que ce soit trop tard pour leur cycle naturel. Il faudra maintenant attendre le 15 mai pour des naissances en octobre, à la descente d’estive, c’est loin !… Passion quand tu nous tiens, quelle persévérance tu demandes !

La brebis Mérinos, avant et après la tonte

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mérinos_d%27Arles

Le tri à la cloche

Il arrive régulièrement qu’il faille séparer de petits lots de l’ensemble du troupeau, en général pour leur donner un complément d’alimentation spécifique en raison de besoins supérieurs aux autres. Ce peut être les béliers après la sortie en garrigue ou des mères dont la gestation avancée demande des soins particuliers. Pour cela, nous disposons d’une porte de tri, qui permet de diriger les animaux un par un dans une direction choisie. Pour les très petits lots, j’ai imaginé de créer un reflexe conditionné avec un son de cloche associé à la nourriture appétissante que représente l’orge ou l’aliment (Bio) ou la luzerne. Il suffit de la porter sur son bras, et de distribuer la nourriture en même temps. Ça se fait tout seul.

En ce moment nous avons une dizaine de brebis en gestation alors qu ‘elles ne le devraient pas l’être. Hélas, des agneaux mal castrés ont estivé avec elles et le résultat est là, nous aurons des agneaux en janvier… ce n’est pas si grave bien sûr, mais cela demande un travail supplémentaire. Il est tellement plus simple d’avoir des naissances groupées ! Avec Jérôme le berger nous avons donc créé une grande case dans la bergerie et après quelques jours, les brebis ont appris à se présenter seules à la porte de cette case, aidées par ce son de cloche qu’elles ont associé à la gourmandise promise.

Je me souviens de deux béliers qui avaient ainsi appris à venir dans la case dédiée, puis à ressortir en sautant la claie pour rejoindre le troupeau des femelles à saillir. Belle économie d’effort pour les bergers qui n’ont pas à y amener les béliers, et belle connivence entre bergers et mâles. Des bases aussi simples devraient être enseignées dans les écoles agricoles…

Un petit tour en forêt tropicale

Après des années passées dans nos Corbières sèches, sans arbres, sans eau, fouettées par le vent et le ciel, il m’est venu l’ardente envie de plonger dans la forêt primaire tropicale, promesse de boue et de fourmillement intense, engluante, une forêt qui couvrira mes yeux et offrira un onguent de vigueur à mes sens encroûtés par la sécheresse.

La bergère a eu de la chance : la brousse malienne, les dunes du Sahara déroulées à l’infini, l’immense pelouse Mongole, vécu ! Maintenant : l’horizon bouché, les rivières marronnasses ou bleu azur, l’exubérance partout et mon être noyé sous d’immenses coupoles célestes. Je veux la forêt intégrale, sa soupe et son remugle, y suer, y barboter, en connaître l’humus et bien trop haut les nouvelles tonalités de cris inquiétants. Sait-on jamais, je pourrais trouver du charme aux serpents ? Trembler au moins un peu ? J’ai écrit la garrigue, la force décisive, dénudée, de ce paysage intemporel. Qu’offrira la forêt à ma plume ? Un grand bazar, une impossible foulée? Un souffle confus ? La compréhension qu’a un ver de pomme du verger où il grignote, infime, son droit au ciel ? La forêt tropicale est pleine d’étages sans planchers et on rampe au rez-de-chaussée. L’éther, l’envol, de grands balancements, l’ondoiement et la lumière sont pour d’autres habitants. Là-haut ! Les ponts, les cordes, les tyroliennes, pour ré-asséner cette vieille vérité de bons à rien : nous rampons. Et bien rampons ; je nagerai, me mettrai à l’arrêt en bon chien de chasse, me faufilerai, me déformerai dans le lacis, là où le désert nous dresse minuscules mais entiers contre le ciel. Pas à pas – rares seront les espaces vides – il s’agira de boire les poches d’air et de fouiller longuement du regard la multitude du vivant grouillant, à la jumelle au besoin, pour distinguer le détail vert du fouillis vert, une ligne trop parfaite, un mouvement trop rond, et chercher l’origine de ce chant ce cri ce son strident d’un oiseau un singe un insecte

En Occident, la forêt primaire est rare, quelque part portée à bout de bras par une vallée plus sauvage, plus loin que l’Homme, plus loin que ses besoins incessants, ses dents de métal et son feu dévorant.

Il y a des pays où elle est protégée… Rendez-vous à partir du 6 janvier pour un carnet de voyage en direct…

 

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