Infolettre des Belles Garrigues N° 16, novembre 2013

Written by florence on dimanche, novembre 17th, 2013

Infolettre des Belles Garrigues N° 16, novembre 2013

Des nouvelles et un nouvel élevage : des porcs fermiers bien dans leur peau

Les vignerons d’ici : le Domaine de la Gardiole de Sylvain Baumann

Sans oublier le jardin !

Biodiversité : les vautours fauves, des prédateurs ?

Leadership : observations et éléments de réflexion

Des nouvelles et un nouvel élevage : des porcs fermiers bien dans leur peau

Quelles sont belles les brebis cet automne ! Un troupeau homogène, disent les uns, y’en a pas une qui pèche, dit un autre, c’est vrai que l’état du troupeau est magnifique et que l’été a été excellent. L’automne est sec, trop sec, mais la garrigue tient sans peine son rang de pâturage de secours quand l’herbe ne pousse pas. Les brebis commencent à manger du génevrier-cade, du romarin, du brachypode, se régalent des fruits du filaire, et nous remplissons leurs panses, Jonathan le berger ou moi, sans problème.

Quelques agneaux, onze exactement, sont nés en septembre/octobre, c’est très peu. Pour la troisième année, la lutte de printemps ne marche pas. Les brebis ne sont plus en chaleur à partir du 15 avril, et quand nous mettons les béliers, rien ne se passe… Si nous les mettions plus tôt, les naissances auraient lieu en pleine chaleur au mois d’août, au moment où les brebis sont parquées loin de la bergerie. Trop compliqué.

Nous avons donc décidé d’ajouter un élevage de porcs de plein-air à nos brebis, qui permettra de vous livrer une viande de qualité de janvier à mai. Les cochons choisis sont le résultat de différents croisements, alliant vitesse de croissance modérée et qualité gustative. Ils ont de drôles de taches noires cerclées de gris sur un corps rose très très long (photos à venir). Pour trouver ces porcs-là, j’ai effectué de nombreuses recherches sur Internet… Et j’ai trouvé à l’infini ces images de porcs élevés en batterie, effarantes images qui semblent ne pas pouvoir être vraies. Je vous laisse le soin de faire vos propres recherches, rien de plus facile. Et de désolant.

Les nôtres auront la chance de gambader, de fouiller le sol, de pouvoir se couvrir de boue et se faire des papouilles et des chiquenaudes, une vraie vie en fait ! Vive l’élevage à la ferme !

La première livraison de porc fermier est prévue pour la fin janvier.

Les vignerons d’ici : le Domaine de la Gardiole de Sylvain Baumann

Lors d’une rencontre autour de l’AMAP de Narbonne, j’ai rencontré Sylvain et goûté ses vins du Lézignanais… superbes. Un vrai coup de cœur. Sylvain fait un vin Bio très fruité, auquel il apporte beaucoup de soin. Vendanges manuelles et vinification délicate, l’idéal est de visiter son site : http://www.gardiole.fr/accueil.

Pour cette livraison, il vous propose deux vins rouges :

Carignan-Grenache 2011, 5€ la bouteille

Ce vin (issu de raisin en agriculture biologique) souple, aromatique et puissant accompagnera parfaitement la cuisine locale, idéal avec des tapas, charcuterie, paella, fromages ; c’est un vin plaisir par excellence qui peut être servi légèrement frais (15/16 °C). Il peut aussi être servi avec une cuisine plus traditionnelle, plats cuisinés, en sauce…

Syrah 2012, 6€ la bouteille

Issu de vignes plantées très serrées (9000 pieds/ha) et travaillées manuellement et naturellement, ce vin bio puissant aux arômes de fruits et d’épices accompagnera agréablement vos repas et épatera les convives. C’est un vin idéal pour accompagner la viande d’agneau quelque soit sa préparation.

Si l’aventure vous tente, vous pouvez commander directement auprès de Sylvain tel: 06 14 47 73 66,sylvain.baumann@gardiole.fr. Je peux vous livrer en même temps que la viande d’agneau le cas échéant. J’aurai de plus quelques bouteilles et caisses à vendre dans la voiture lors de la livraison.

La formule magique : l’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.

Sans oublier le jardin !

Nous mettons peu à peu en route la vente régulière du Migon, ce fumier particulier sans paille dont nous disposons en hiver. Le migon est le booster de vos semis et l’ami de vos fleurs au printemps. Il faut le disperser en surface et griffer légèrement la terre pour l’enfouir, 15 jours avant le semis ou avant la floraison. Il s’épand à raison de 250 à 500 g par m2, pas plus. Nous vendons le Migon en sacs de 5 kg à 8 kg, au prix de 1 € le kg.

Biodiversité : les vautours fauves, des prédateurs ?

Les vautours fauves sont de très grands oiseaux nécrophages (2,70 m d’envergure, 1 m de plus que votre envergure !) indissociables du pastoralisme tout autour du monde. Très utilement, ils nettoient les carcasses, qu’ils repèrent avec une grande efficacité. Ils passent régulièrement au-dessus de nos garrigues, souvent par deux ou trois. Selon l’axe de leur trajectoire, nous savons s’ils sont en déplacement entre les grands Causses et les Pyrénées, dans ce cas cet axe est nord/sud, ou s’ils sont en prospection pour de la nourriture, l’axe est alors est/ouest. Ils sont pourvus d’une vue extraordinaire et peuvent voler à plusieurs kilomètres d’altitude. Encore des animaux aux capacités incroyables.

Pour l’instant, nous n’avons jamais vu de curée, ce rassemblement de vautours autour d’un cadavre qu’ils dévorent en peu de temps. Il faut dire que nous n’avons pas le droit de laisser les brebis mortes en garrigue. Elles sont transportées en camion jusqu’à un centre d’équarrissage. Pourtant, rien de plus naturel que le festin de ces éboueurs sauvages. Pas de coût carbone, pas de cadavre qui attend sous une baignoire, pas de risque sanitaire.

Une polémique secoue depuis quelques mois le monde pastoral, confrontant ceux qui accusent les vautours d’attaquer des bêtes vivantes à ceux qui assurent que l’oiseau ne peut pas le faire. Les seuls cas d’attaque correspondraient à des mères en pleine mise bas, et donc très vulnérables, et à des animaux malades, ou encore à une chèvre en mauvaise posture sur une falaise qu’un vautour aurait essayé de faire tomber.

Le fait est que la grogne monte d’un cran contre les loups, les ours et maintenant les vautours. 250 loups, 20 ours et 800 couples de vautours en France. Entre hyper-écolos et supers-anti-prédateurs, toute négociation paraît impossible, à grand renfort de procès, de manifestations et d’empoisonnements hors-la-loi qui mettent en danger tous les animaux sans distinction. Il est certain que les loups et les ours font des dégâts sur les troupeaux, en estive principalement, ce qui crée un stress réel pour les éleveurs et les bergers, et entraîne une modification des pratiques pastorales. Pas toujours facile et pas entièrement efficace. Le sujet est d’une grande complexité !

Quant aux vautours, c’est vrai que ce n’est pas joli de voir une bête morte étripée et engloutie par une horde de charognards (moins pire que de croquer une huître vivante?). De là à stigmatiser une espèce pour des forfaits qu’elle ne commet jamais ou extrêmement rarement ! Il faut raison garder et arrêter de chercher des boucs émissaires aussi ridicules à un sentiment d’agression qui se répand étonnamment vite. À ce rythme-là, à quand le retour des chouettes clouées aux portes des granges ?

Nous avons postulé pour disposer d’une aire de nourrissage où nous pourrions déposer les brebis mortes (11 cette année), afin que les vautours viennent nous en débarrasser. Il paraît que c’est dans les tuyaux… À suivre.

L’oiseau en photo et en infos :

http://vautours.lpo.fr/especes/especes.html

http://vautours.lpo.fr/equarrissage/equarrissage.html

Leadership : observations et éléments de réflexion

Vivre avec les animaux. J’en ai rêvé depuis toujours. Cinq années passées en leur compagnie ont donné lieu à des expériences inattendues, drôles ou troublantes. La plus grande surprise, et peut-être la plus difficile remise en cause de ce que je croyais vivre, est venue de la question du «leadership». Le mot anglais convient mieux qu’autorité, maîtrise ou domination, qui sous-entendent le recours à la force, ou à une forme de violence silencieuse. J’espérais faire vivre tout ce petit monde ensemble avec facilité, en utilisant la plus grande douceur et à force de patience. Hélas, les bagarres de chiens, les volte-face des brebis, la lutte des béliers, les coups de croc sanglants aux jarrets, la désobéissance des uns et des autres – tout du moins les comportements vécus comme tels -, ont eu rapidement raison de mon rêve de paix agraire…

Les mois passants, il a fallu comprendre, analyser, essayer de nouvelles tactiques et faire intervenir des techniciens, notamment pour les chiens. En un mot, il a fallu réinventer totalement la façon dont je percevais les animaux. J’ai cru, par je ne sais quel tour de passe-passe, que mon statut d’humain suffirait à faire de moi le chef naturel et tranquille de tout ce petit monde. Erreur ! Les chiens, par exemple, sont des animaux qui demandent une hiérarchisation précise. En son absence, les mâles se battent pour obtenir la place convoitée de dominant. J’ai mis de l’ordre entre mes chiens une fois que j’ai été capable de m’imposer au milieu de leurs bagarres impressionnantes, tous crocs sortis et grognements de fauves, en les renvoyant chacun de leur côté.

Pour les brebis, le problème est tout autre. Le troupeau est un énorme animal, avec sa tête, son corps massif et sa queue souvent à la traîne. Il se dirige comme tel, successivement en orientant sa tête et en le poussant devant soi. À part quelques rares fugues, ça marche plutôt bien. Mais il est aussi la résultante d’animaux singuliers aux caractères très différents. Quelques brebis décident d’aller manger cette jolie herbe verte un peu plus bas et votre monstre à mille pattes se découpe en confettis insolents ou vite perdus. Qui est le chef alors ? Qui est le repère ? Le berger ? Le chien, le patou ? Une brebis perdue, pourtant apprivoisée, vous ignore et fonce tête baissée en bêlant vers ce qu’elle croit être la direction du troupeau… Plus rien d’autre n’existe à ce moment-là. Et il n’est pas rare qu’elle prenne la direction opposée à ce qu’elle devrait être ! Il n’y a plus de leader dans la panique. L’instinct grégaire en tient lieu, chef désordonné, imprécis, et même dangereux. Bêler en se cachant devient le plus sûr moyen de faire revenir la bête affolée…

De mois en mois, j’ai surtout appris à donner aux animaux ce dont ils ont besoin, et c’est la clef du leadership tel que je le comprends et l’exerce aujourd’hui. La chose se fait « naturellement », simplement parce que vous êtes là au bon moment, pour l’animal qui a un problème, qui a besoin d’un service. Le chien vient vous voir parce qu’il a un bâtonnet coincé en travers du palais (deux fois) ou une épine dans un coussinet (une bonne dizaine de fois). La brebis ne vous quitte pas d’une semelle et vous regarde droit dans les yeux pour vous demander d’être là pour la mise bas imminente qui l’inquiète. Le patou vous interroge du regard quand il a entendu ou aperçu un étranger. Le cheval, à sa façon indescriptible, vous fait savoir qu’il a soif, et je ne sais pas dire comment je comprends qu’il a soif, mais je le comprends. Le troupeau vous emboîte le pas au moindre appel, confiant, certain que vous le menez vers un meilleur pâturage. Le même troupeau se rassemble en un éclair autour de vous en cas de danger. Quelle émotion ! Et enfin, ce troupeau adorable vous laisse loin derrière si le pâturage n’est pas à la hauteur des espérances. Alors, il faut faire preuve d’autorité, sans violence mais avec fermeté, pour ramener le troupeau là où il est nécessaire qu’il pâture. Tout un programme que seule l’expérience permet de peaufiner.

Mais le leadership a aussi ses questions. Nous nous demandions cet été avec le technicien de la Pastorale Pyrénéenne qui place et suit les chiens patous de protection pourquoi la chienne se positionne en leader avec le troupeau, sans conteste, et pourquoi, une fois en tête à tête avec chaque brebis, elle peut adopter un comportement de dominante ou de dominée. Exemple : Brice a testé la chienne qui était avec le troupeau dans le tunnel. Celle-ci l’a averti par des aboiements très convaincants qu’elle protégerait son troupeau s’il avançait plus, puis elle s’est placée devant la porte du tunnel, s’est retournée brièvement vers les brebis comme nous les appellerions d’un coup de tête, et les a emmenées d’un pas sans appel à l’extérieur. Toutes les brebis ont suivi alors qu’elles n’avaient pas peur de Brice. J’étais bouche bée.

Une fois dehors, la chienne rassurée s’est mise à chercher des puces dans le cou d’une brebis amie. Je ne crois pas que les chiens se cherchent mutuellement des puces. Je ne l’ai en tout cas jamais observé entre la bonne quinzaine de chiens et de chiots qui se sont succédés ici. Ce comportement, appelé grooming chez les grands singes (et peut-être les petits), m’étonne toujours. La chienne patou, en faisant de la sorte, leur rend service à sa façon, appréciée des brebis qui n’ont pourtant pas de puces… Les vaches dominantes, de même, lèchent le cou les vaches dominées.

Mais si une brebis marche par inadvertance sur la chienne patou, elle couine, essaie de se dégager, mais ne se rebelle pas, comme une bête dominée. Rien à voir avec un chien dominant sur lequel on marcherait. La réponse, grondement voire morsure, est assurée. Cette ambivalence est vraiment étonnante.

Les animaux disposent d’une grande palette de comportements et de signes pour gérer leurs relations. Les éthologues ont compris ces signes, et nous pouvons les lire mais aussi les imiter, notamment par la position du corps et la direction du regard, fondamentaux tous les deux. Il est étonnant de constater à quel point ce langage est commun aux différentes espèces présentes aux Belles Garrigues, anciennes proies ou prédateurs assagis.

La paix agraire a donc finalement eu lieu ! Bien différent d’un lien de supériorité basée sur la crainte et/ou le respect absolu, le leadership est fait d’attention réciproque, de vigilance quant aux liens de confiance qu’il faut établir et entretenir, et d’une vraie loyauté. Il faut à tout moment se souvenir du rang social de chacun et le respecter, aider ou rabrouer tel ou tel chien, telle ou telle brebis. La punition, si elle tombe, doit être exactement proportionnée à la faute, qui doit être avérée ! Pas d’erreur, sinon la confiance-reine s’effrite et il faut reconstruire… Le processus est vivant, en perpétuelle évolution, et le jeu de domino de nos relations inter-espèces est passionnant à observer.


 

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