Infolettre des Belles Garrigues n°14, mai 2013

Written by florence on jeudi, juin 20th, 2013

Sommaire

Une bonne brebis : définition(s)

Biodiversité : le grand duc

Le vrai maître du troupeau : le pâturage

Prochaine livraison de viande d’agneau, de chevreau et de merguez, 14 et 15 juin 2013

Pleines mains


Une bonne brebis : définition(s)

Dans notre système d’élevage, nous avons fait le choix de brebis Lacaune capables de se contenter de la garrigue durant l’hiver et l’été et capables de faire 2 agneaux par mise bas (une moyenne de 1,8 en vérité). Cela n0us permet d’avoir un petit troupeau, facile à garder et à manoeuvrer dans le dédale végétal, et de produire relativement beaucoup d’agneaux. L’inconvénient de ce choix est qu’il faut distribuer céréales et fourrages riches en fin de gestation et en lactation. Néanmoins, ce surcroît de travail et ce surcoût sont compensés par la productivité de l’ensemble.

Donc, aux Belles Garrigues, une bonne brebis doit : savoir pâturer la garrigue, être une bonne laitière, ce qui favorise une bonne croissance des agneaux, être très maternelle, avoir une prolificité autour de 2 agneaux par mise bas, et avoir du format, ce qui induit de meilleures carcasses. On la préférera avec de la laine jusque sous le ventre pour bien résister au vent d’hiver. Les aplombs sont aussi importants, car nos brebis marchent beaucoup, de 3 à 6 kms par jour, sans compter les incessants aller-retour qu’elles font dans un même pâturage. La Lacaune est une marcheuse, elle mange en marchant ! Enfin, elles doivent être très grégaires, car nous avons besoin d’un troupeau avec une forte cohérence pour un gardiennage plus facile. L’expérience a montré que les brebis aventurières font des filles aventurières, qui préfèrent facilement l’inter-rang des vignes à la garrigue, ce qui complique grandement notre tâche.

D’autres systèmes d’élevage feront préférer des brebis plus rustiques, moins prolifiques, tout est question de choix. La « bonne brebis » n’est pas la même pour tout le monde.

Une des joies de l’éleveur est de choisir ses agnelles de renouvellement, celles qui composeront son futur troupeau. Les agnelles nées ici au printemps 2009 sont mères pour la deuxième fois. Les hypothèses et les espoirs se vérifient, ou non, trop petite, trop prolifique, pas laitière, ou au contraire meilleure que sa mère, ce travail sur le long terme est passionnant.


Biodiversité : le grand-duc

Dans les discussions avec nos amis naturalistes, un mot revient souvent : le mot « opportuniste ».  Qu’il s’agisse de l’aigle royal, de renard, du hibou grand-duc, du lynx boréal, du sanglier, ces gros animaux, les plus gros de nos garrigues, ont un comportement alimentaire opportuniste : ils mangent de tout (précision : le lynx n’est pas attesté officiellement dans nos régions du Sud). La faune est discrète mais présente, avec lapins, lièvres, perdrix, fouines, belettes, blaireaux, genettes, divers rapaces, des passereaux, et toutes les petites bêtes que l’on trouve dans la nature. Les conditions climatiques particulières aux Corbières, à savoir sécheresse fréquente, vent très froid en hiver, fortes chaleurs en été, et les sols plutôt pauvres ne favorisent pas l’abondance des proies. Dans ce contexte, il est donc logique que seuls les animaux capables de manger « n’importe quoi » soient capables de s’installer de façon pérenne. Les animaux trop spécialisés dans leur régime alimentaire (comme le lynx pardelle qui a besoin d’une densité de 5 lapins par hectare) ont peu de chance de survivre.

Le grand-duc par exemple « se nourrit de tout ce qui bouge, depuis les scarabées jusqu’aux faons des cervidés (ces derniers restant très exceptionnels cependant). La majeure partie de son régime consiste en mammifères (campagnols, rats, souris, renards, parfois lièvres), mais aussi les oiseaux de toutes sortes. Il peut aussi consommer des serpents, lézards, batraciens, poissons et crabes », (d’après le site« http://www.oiseaux.net/oiseaux/grand-duc.d.europe.html »). Il est ainsi capable de « prédater » (jargon naturaliste) d’autres rapaces. Le grand-duc mesure un mètre soixante-dix d’envergure et pèse de 2 à 3 kg ce qui en fait le plus gros rapace nocturne d’Europe. Les mâles commencent à chanter en début de printemps. Leur chant est très facile à reconnaître (boouu-hou qui s’entend jusqu’à 2 km) et assez facile à imiter. Il m’est arrivé de répondre ainsi à un grand-duc perché sur le Carla, petit éperon rocheux à 5oo m de la ferme. L’oiseau s’est approché et s’est perché à une centaine de mètres de moi. Belle impression ! 

Plusieurs dizaines de couples de grands-ducs vivent dans les Corbières et sur le Massif de la Clape où ils trouvent sans peine les falaises où ils aiment nicher. Comme tous les rapaces en France, le grand-duc est strictement protégé.


Le vrai maître du troupeau : le pâturage

Le berger, les chiens de conduite, le patou, les brebis meneuses… chacun prend sa place dans l’organisation du mouvement du troupeau, mais le vrai maître de tout ce petit monde est bien le pâturage. Remplir les brebis pourrait être une chose assez simple : il suffirait de les laisser aller dans des espaces riches et sans compter. Mais la science la plus difficile du berger est sans doute de ne pas abîmer les pâturages et même de les améliorer. On parle de pression de pâturage, de prélèvement, de chargement (nombre de brebis par hectare). L’observation attentive est de mise, et chaque saison demande telle ou telle pression. Très forte dans une garrigue d’hiver qui demande à être rouverte, cette pression doit être bien mesurée au printemps. Actuellement, l’herbe pousse à toute allure, et nous « déprimons » les parcelles, en passant vite et un peu partout, pour limiter la hauteur de l’herbe. En effet, une herbe haute devient plus dure, ligneuse, et moins appétante (digne d’intérêt pour les bêtes). L’idéal, selon certains spécialistes, serait de pâturer dès 5 cm de haut, et de partir une fois l’herbe ramenée à 3 cm… ! Autant dire que nous devrions faire dans la dentelle. Évidemment, ce n’est pas si simple, et nous faisons une sorte de moyenne. Rien de remplace l’expérience dans cet exercice. Tel endroit est frais avec un sol profond et l’herbe y repousse vite, tel autre est fragile et mieux vaut espacer les passages. Dans tel autre, une graminée jusqu’alors absente s’est installée et les brebis ne l’aiment pas. On les obligera pourtant à la pâturer une demie-heure par jour, pour essayer de limiter cette plante indésirable afin qu’elle laisse la place à d’autres.

Nous avons eu la bonne surprise de voir une belle diversité de graminées s’installer dans les garrigues que nous pâturons depuis quatre ans maintenant. Les brebis quittent même facilement les friches et autres vignes arrachées pour cette herbe peut-être plus goûteuse ? Plus riche sur le plan alimentaire ? Les deux à la fois ? Le comportement alimentaire des brebis est complexe et le berger apprend à connaître son territoire et son troupeau. Chaque retour à la bergerie donne lieu à l’inspection des panses, volume et  consistance : dure, spongieuse, gonflée… et nous réfléchissons à voix haute au pâturage du lendemain et de la semaine à venir et même à celui de la saison prochaine. Sans pâturage, pas de troupeau.


Prochaine livraison de viande d’agneau, de chevreau bio et de merguez, 14 et 15 juin 2013

La prochaine livraison aura lieu à Beaumont de Lomagne, Toulouse, Lézignan, Narbonne et Albas. Chaque colis comprend une épaule, un gigot, 10 à 12 côtelettes, du sauté, des abats, soit un demi-agneau. Chaque portion est sous-vide, avec le nom et le poids des pièces. Vous pouvez demander que l’épaule et le gigot soit entiers ou tranchés, merci de le préciser à la commande. Si vous souhaitez un petit colis, n’hésitez pas à le faire savoir.

Nos tarifs pour la viande d’agneau évoluent un peu :

Livraison à Albas : 13,80 €/kg

Livraison dans l’Aude hors Albas : 14,20 €/kg

Livraison hors département : 14,80 €/kg

La merguez reste au prix de 8,50 € le kg tous lieux confondus. 

Pour vos méchouis ou si vous souhaitez découper la viande vous-même, nous proposons une découpe adaptée et le prix de 11,50 € le kg, soit 195 € l’agneau de 17 kg pour environ 35 à 40 personnes.

Enfin, pour cette première livraison nous proposons du chevreau, découpé et présenté de la même façon que l’agneau, au même tarif.

Les livraisons suivantes auront lieu fin juin, mi juillet, fin juillet, fin août, mi septembre, mi octobre, et mi novembre. Vous recevrez un mail avec les dates précises trois semaines avant chaque livraison.

N’hésitez pas à nous contacter, par mail ou au 04 68 46 25 19. Les lieux et heures de livraison seront communiqués une semaine avant la livraison.


Pleines mains

Touches de téléphone, de clavier, de télécommandes, de jeux électroniques (en option), nous tapotons toute la journée… Mais nos mains d’éleveurs ! Quelle expertise ! Le temps passant et les infinies situations que nous proposent les saisons les forment à mille sensations et à mille compétences. Pour tailler les onglons trop longs des béliers, il faut une force réelle mais contenue :  surtout ne pas déraper et entailler la partie molle du pied ! Pour tâter un pis et trouver la mammite débutante à l’infime modification de consistance qui annonce la maladie, on palpe à pleine paume, consciencieusement. Quel doigté, main coincée, pour fouiller les brebis, à tâtons et les yeux dans le vague, trouver un pied, un autre, un œil mou, une petite mâchoire, déplier une patte en portant la plus grande attention aux tissus utérins et enfin extraire l’agneau poisseux. De deux doigts qui suivent méticuleusement la longueur d’un os, on peut déceler une fracture qui méritera une attelle ou un plâtre, qu’on serrera modérément mais suffisamment pour ne pas qu’il glisse. De deux doigts encore, très minutieux, on retire l’épillet (graine à l’extrémité très pointue) planté à l’intérieur d’une paupière endolorie. L’aiguille qui pique le minuscule cou de l’agneau doit être précisément orientée et placée et les premières piqûres laissent cette sensation étrange de la consistance de la chair traversée. La traite manuelle demande elle aussi de comprendre comment chaque pis doit être attrapé puis comprimé. On ne comprend pas avec son cerveau, la main cherche, apprend, se souvient de cette chèvre tranquille, de ce pis un peu court, de la plaie à préserver, est alertée par une chaleur anormale, une surface irrégulière. Nos mains d’éleveurs, aux ongles courts, épaissies, en savent long de l’aiguille qui recoud la plaie aux cent kilos du bélier à asseoir. À pleines mains, toute la journée, nous manipulons, évaluons, soupesons, contraignons, caressons… la liste est longue de tous ces savoir-faire accumulés, mais aussi transmis de bergers en bergers, bien loin du léger pianotage sur nos claviers quotidiens.

 

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