Infolettre N°8
Belles Garrigues, Info N°8, juillet 2011
Sommaire :
L’agnelage cuvée 2011 : ouf !
L’attaque du renard
Les chiens de conduite
Pour faire de la viande
Prochaine livraison de viande d’agneau : septembre
Les petits-déjeuners du berger
Éleveur
L’agnelage cuvée 2011 : ouf !
Ouf ! 171 mères en 5 semaines, c’est beaucoup, et nous ne referons pas. 300 agneaux qui débarquent nuit et jour, va-t’il respirer, s’est-il levé, a-t’il bu, n’ai-je pas oublié de désinfecter le cordon de celle-ci, de celui-ci, 300 fois, les questions et les réponses se succèdent. Christophe et moi-même n’en menons pas large et subissons cet arrivage massif sans grand plaisir. Heureusement, Adrien, un aide de choix, nous appuie efficacement les 10 premiers jours. Les wwoofers suivants nous abandonnent en cours de route, l’une part sans dire au revoir et les autres tombent malades avant d’arriver. Une bergère vient à la rescousse. Ouf ! Du 19 mars au 25 avril, la bergerie se peuple de façon miraculeuse, et nous aurons ainsi près de 600 bestioles toutes espèces confondues jusqu’au 15 juin, …
À ne pas manquer, les photos que Christophe a faites d’une naissance en extérieur : https://picasaweb.google.com/belle.garrigue.florence/NaissancesDansLHerbeChristophe?authkey=Gv1sRgCODotLfJq6DjEg
L’attaque du renard
Le 21 avril, je dois me rendre à la Chambre d’Agriculture pour remplir mon dossier PAC. Nous venons de finir un enclos attenant à la bergerie, et malgré un pressentiment tenace depuis deux jours, je décide de laisser les portes de la bergerie ouvertes pendant que le troupeau (avec les patous) part en gardiennage avec Christophe, afin que les agneaux profitent du soleil et puissent se dégourdir les jambes. Au retour, je trouve un agneau mort, mordu au cou. Je soupçonne Cade, ma petite chienne laissée en liberté en prévision d’une « éventuelle attaque ». Mais bientôt, je dois me rendre à l’évidence. Là, puis là, et encore là, les petites victimes ont du mal à respirer, avec des trous et des lacérations au cou. Au total, nous dénombrerons 14 agneaux attaqués, dont 5 devront être abattus. Le garde-chasse confirmera l’attaque de renard, et précisera que la petite chienne laissée libre a sans doute évité le carnage. Il y avait ce jour-là plus de 150 agneaux dans le bâtiment, … Et heureusement, il n’y a pas de cas de rage dans notre région.
Les chiens de conduite
Berger de Crau, Labri, Border Collie, et croisements variés, nos chiens nous sont indispensables. Le chien de conduite est issu d’une sélection sévère depuis la nuit des temps. Presque tous les chiens ont « l’instinct » de rabattre le gibier vers leur dominant. C’est sur la base de ce comportement de chasse que le chien de conduite apprend à travailler avec le troupeau. Quelle ne fût pas ma surprise quand, lors d’un stage avec Bruno Thirion, j’ai découvert l’héritabilité des comportements des chiens de conduite et de leur précision. Une fois le chien lâché autour d’un rond de travail en grillage (avec des moutons au milieu), celui-ci se met « à midi », c’est-à-dire en face du berger. Il suffit de se déplacer autour du grillage pour que le chien continue sa course et se replace à midi. Il ne reste plus qu’à faire associer au chien sa position d’arrêt au mot Stop, et ses déplacements naturels aux mots droite et gauche, … il ne reste presque plus que ça. Car le plaisir dans le travail doit rester la règle, malgré les difficultés innombrables que le chien va rencontrer : incompréhension, difficulté à évaluer son impact, méconnaissance du terrain, bruit des cloches qui couvre la voix du berger, brebis qui chargent le chien, etc, … la complicité et la confiance sont de mises, et l’impatience fort mal venue. Autant dire qu’il faut être un génie pour réussir à dresser un jeune chien du premier coup. Il faudra ensuite des années pour que le chien soit autonome, capable d’analyser la situation et parfois de désobéir au berger pour aller chercher quelques brebis que celui-ci n’a pas vues. Bien entendu, il n’y a pas un chien qui ressemble à l’autre et leurs qualités et défauts se combinent à l’infini. Les Anglais disent qu’il faut une année par patte pour faire un bon chien, plus la queue, … bref, il faut du temps ! et se pencher sérieusement sur la question de leur éducation et de leur conduite. Un métier à part entière.
Pour faire de la viande
Cette délicieuse viande d’agneau, comment est-elle faite ? À cette question apparemment ingénue, les réponses fusent dans ma tête. En tant qu’éleveur, je dirais que les ingrédients principaux en sont l’eau, la terre et le soleil. La suite tient de l’usine à gaz. La chlorophylle des plantes réalise le miracle principal : transformer la matière en matière organique grâce à l’énergie lumineuse, à condition qu’il y ait assez d’eau et de nutriments dans le sol bien entendu. La brebis avale la plante et l’envoie dans sa panse. Là, les végétaux sont digérés par des bactéries qui se multiplient à toute allure. Ce sont elles les bestioles capables de dégrader les fibres végétales et de les transformer en protéines. La brebis parachève cette digestion par la rumination, qui libère des gaz en quantité et ajoute ainsi un peu à l’effet de serre. Les plantes ruminées sont envoyées directement dans une autre panse qui digère … les bactéries et les protéines qu’elles ont synthétisées ! Encore un petit effort, il faut nourrir les agneaux, d’abord pendant la gestation, puis par cette invention géniale de la nature qui consiste à donner au petit animal un aliment facile à digérer, qui apporte à lui seul la totalité des nutriments dont à besoin notre petite bête, gardé en permanence à la bonne température, et distribué par une buvette à portée de bouche : le lait. Nos agneaux tètent leur mère pendant 10 à 13 semaines, mangent à l’extérieur dès l’âge d’un mois, en plus des céréales, foin et paille distribués en bergerie. De quoi donner à la viande les parfums de la nature environnante, en assurant une croissance rapide, qui rime avec une viande tendre à souhait. (Que les techniciens me pardonnent les imprécisions qui parsèment ce paragraphe, je me contente du principe général).
Prochaine livraison de viande d’agneau
La prochaine livraison aura lieu en septembre. Merci de réserver votre caissette au 0468457297 ou par mail : belle.garrigue.florence@gmail.com. Colis de 8 kg environ, sous-vide, au tarif de 12€50 le kg. La livraison est prévue dans les Corbières, sur Toulouse et dans le Gers. Les dates et points de livraison vous seront communiqués rapidement après commande.
Petits-déjeuners du berger
Comme l’année dernière, l’association Collines et la ferme des Belles Garrigues vont proposer des animations sur l’espace Naturel sensible de la Mugue appartenant au Conseil Général : un moment inoubliable avec notre ânesse bâtée et le troupeau de brebis. Au menu, miel de garrigue, fromage de chèvre, tartines variées, … entouré par le troupeau. Travail des chiens de conduite, rôle des patous, importance des brebis pour les garrigues, la bergère répondra à vos questions et vous fera découvrir la biodiversité de ce milieu extraordinaire.
Rendez-vous à la ferme à 7h, tous les jeudis du 14 juillet au 18 août. À partir de 5 ans. Réservation indispensable : 04 68 45 72 97
Éleveur
Christophe me dit un jour : « Tu es meilleure éleveuse que bergère ». Pas agréable, mais sûrement vrai.
Le troupeau, au fil du temps, s’est transformé à mes yeux. D’une masse informe d’où émergeaient quelques individualités facilement identifiables à leurs pompons ou à leurs caractères, il est devenu cet ensemble de bêtes indissociables que je connais presque toutes. Je les reconnais d’ailleurs à deux ou trois critères qui diffèrent de l’une à l’autre. Celle-ci, c’est sa tête, une autre, la forme de son dos, celle-là à sa laine, cette autre à sa boucle d’identification coupée ou illisible. Notre histoire commune a greffé de petites anecdotes à chacune, qui ont fixé leur image : un agnelage difficile, un agneau superbe ou malformé, une blessure, une maladie, une tendresse soudaine et inattendue, … la liste serait longue de toutes ces petites choses qui singularisent une brebis. Le numéro s’enregistre avec ces détails anodins, et pour parler d’elle entre-nous, on racontera plutôt l’anecdote. Le numéro bien qu’obligatoire est encombrant. Pour moi-même, il est nécessaire, et c’est un jeu de les connaître tous, mais entre bergers, l’être animal prime. Cependant, leur nombre grandissant, la répétition des décès, le renouvellement des mères, une lucidité inévitable change le regard que je porte sur l’ensemble. Tout aussi attentif, plus technique, parfois tendre, mais de plus en plus réaliste et utilitaire. Le troupeau est fait de cellules qui vivent et meurent. Avoir un troupeau, c’est être sûr que la Mort s’invitera régulièrement. Quelles brebis ne seront plus là la semaine prochaine, l’année prochaine ? une chose est sûre, il va en mourir, voire en disparaître dans la Nature. Le nombre et la fragilité de l’animal rendent incontournable le rendez-vous. Echine courbée d’avance. C’est tout le chemin de la sensiblerie à la sensibilité, de la métaphore au réel, du romantisme au vivant que je parcours en ces mois de vie nouvelles, à coups de douleurs et de deuils parfois, mais avec un plaisir neuf devant ce monde neuf. L’essentiel est ailleurs, dans la gestion des flux, des entrées, des apports, des soins. Dans l’observation attentive, permanente. Vigilance et confiance. Le grand corps du troupeau reste lui-même, une naissance compense une disparition, la roue tourne avec vaillance, j’en suis l’eau vive et la veilleuse. Je vais plus loin. Le chiot, l’agneau, le poulain. L’éleveur ne voit pas seulement le «petit» comme cette miniature attendrissante que les enfants et les citadins apprécient. Il voit l’avenir, la promesse, le potentiel. Il espère et façonne. Le chien de travail, l’agneau de consommation, la brebis productive, le bélier reproducteur. Il voit par anticipation. L’état juvénile n’est qu’un état transitoire. L’éleveur vit entouré de jeunesse, de maturité, de sénescence, il voit en grand, au large. Ce chien-là a vieilli, mais son petit a déjà trois ans, des chiots sont nés, repartis, et cette petite chienne grandit à vue d’œil et se prépare, … Ce ne sont ni la mort ni la vie qui auront le dernier mot. Juste des cycles et le grand pansement du renouvellement. L’éleveur pense famille, génétique, capacités. Il pèse poids et pouls de la lignée. Il cherche la qualité. Instinct, conformation, caractère, croissance, rusticité, l’éleveur est Dieu, il joue avec le vivant, le plie à son besoin, un peu. Il croise, multiplie, mesure, émet des hypothèses, trie, sélectionne, provoque des naissances, signe des arrêts de mort. Dieu. Un peu. Mon rôle est clairement assigné, je suis la main droite de la Bête, la main gauche fouille, elle, dans les corps et les accouche.
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