Belles Garrigues, info N°7
Belles Garrigues, Info N°7
Sommaire :
Ouverture du milieu : le chêne-kermès
Biodiversité : les sangliers
Être en bio or not to be ? (être en bio ou ne pas être ?)
Patous et progéniture, joies et déboires
La ferme et ses sous-produits
Prochaine livraison de viande d’agneau : février
Espaces libres
Ouverture du milieu : le chêne-kermès
Le chêne-kermès n’est pas mon copain, c’est le moins qu’on puisse dire. Ce petit chêne a une capacité de reproduction phénoménale, et rien ne lui fait peur. Le girobroyage et le feu le revivifient. Les brebis le délaissent, il est trop piquant. Les racines sont 40 fois plus importantes que les parties aériennes, et il drageonne, autrement dit, il se répand ! Une fois atteinte la taille de 60 cm, les garrigues à chêne-kermès sont impénétrables. Pourtant la plante a eu ses qualités. Son nom est étroitement associé au carmin, couleur produite à partir d’une larve qui habite ses pousses neuves et tendres du printemps, le tannin de ses racines servaient à tanner les cuirs. Ses glands étaient mangés sur l’arbre par brebis, chèvres et cochons (c’est toujours le cas) et même ramassés pour les animaux.
Aujourd’hui, des centaines et des centaines d’hectares sont colonisés par le kermès, et ré-ouvrir ces milieux est considéré comme trop onéreux par les institutions en charge du territoire. La chimie n’est pas recommandée sur de grandes surfaces, les girobroyages demandent à être répétés en novembre et en mai pendant un an ou deux avant de pouvoir être espacés. Mieux vaut préserver ailleurs ce qui est encore sauvable est logiquement la politique choisie.
Mais comment faisait-on avant ??? les « vieux bergers » le brûlaient en été, lorsque le cycle de la plante est actif, ce qui est devenu totalement impossible en raison des risques de propagation des incendies. Les prélèvements de carmin et des racines devaient contribuer à en gérer les populations. Les troupeaux piétinaient aussi les jeunes pousses
Une fois le kermès girobroyé, « l’herbe-aux-moutons » pousse entre ses tiges grêles. Puis d’autres plantes peuvent s’installer, à condition de ne pas relâcher la pression. C’est la seule solution pour espérer retrouver une garrigue diversifiée et pâturable. Une note d’espoir !
Biodiversité : les sangliers
Mauvaise année pour les chasseurs. De façon inexplicable, les sangliers étaient moins nombreux cette année. La chasse va donc fermer plus tôt en janvier à Albas et dans d’autres communes. Le sanglier est le seigneur des garrigues fermées. Sa peau épaisse lui permet de traverser les « bartas », c’est à dire les fourrés. Il y trace des « furoles », petits sentiers à peine praticables, mais qui ont l’avantage d’exister. Très opportuniste, il mange tout ce qu’il trouve, glands, bulbes, escargots, petits animaux et cadavres. Il adore les raisins mûrs et fouille avec son groin la moindre culture fraîchement semée. Autrement dit, il n’est pas l’ami du paysan des Corbières, … les dégâts sont tels que les indemnités versées par la Fédération départementale de chasse n’arrivent plus, ou avec des années de retard. Partout en France et en Europe occidentale, les sangliers se multiplient à vive allure, causant des dégâts et cultivant l’inimitié. Leur raréfaction ici pose question.
Nous n’avons jamais vu de sanglier pendant le gardiennage du troupeau, excepté une fois, un matin très tôt en août. Superbe scène de deux femelles de belle taille suivies d’une ribambelle de petits sautillants, rangés par taille décroissante, le tout poursuivi par mon chien Tauch à travers champs.
Je terminerai en parlant du sanglier mythique, qui se doit d’exister ici comme ailleurs. Le nôtre est un vieux mâle très clair, presque blanc, très haut sur pattes bizarrement, qui se montre la nuit dans les phares des voitures. Sans doute très malin car les chasseurs n’ont pas réussi à l’attraper pour l’instant. Je connais ses traces, énormes, et ses chemins solitaires. Souhaitons-lui une longue vie, …
Voir une photo d’un retour de chasse cette année (âmes sensibles, abstenez-vous ) : http://picasaweb.google.com/belle.garrigue.florence/Sangliers#
Être en bio or not to be ? (être en bio ou ne pas être ?)
Le passage en bio, nous en rêvons depuis le début. Un mode de production respectueux de l’environnement se doit de poser les bonnes questions en termes d’approvisionnement, surtout pour nous qui achetons la totalité de l’alimentation distribuée (la garrigue, que le troupeau pâture 250 jours par an, est naturellement bio bien entendu) : d’où viennent les aliments, combien de kilomètres parcourent-ils avant d’atterrir dans la panse des brebis, comment sont-ils cultivés ? Nous achetons tous les fourrages dans un périmètre restreint, certifiés bio pour la moitié. L’orge est bio dans la limite des stocks disponibles chez notre fournisseur et ami Bruno Vanel. Pour passer en bio, il faut répondre à un cahier des charges strict, auquel nous pourrons prétendre facilement tant notre conduite en est proche. MAIS : passer complètement en bio coûterait cher dans notre système actuel pendant la période de croissance des agneaux, car nous ne disposons que de peu de parcs, ce qui suppose des gardiennages n’assurant qu’un seul repas par jour en extérieur (le reste est distribué en bergerie). D’autre part, nos agneaux ont une croissance très rapide, ce qui suppose une complémentation importante dès le second mois. L’aliment bio coûte 200 € de plus par tonne que l’aliment conventionnel, et cette année, nous nous attendons à en distribuer plus de 20 tonnes, … ce différentiel était pour partie comblé par des aides (encore des aides ! sujet d’un chapitre dans une future infolettre), qui se réduisent actuellement. Alors ? Cette année sera une année de tests. Nous allons monter des parcs régulièrement du 20 avril au 20 juin, et tenter d’assurer deux repas dehors par jour, ce qui permettra de diminuer drastiquement l’alimentation donnée aux brebis et sans doute un peu aux agneaux. – « Et si vous ne donniez pas d’aliment supplémentaire aux agneaux ?! » s’interroge-t’on autour de nous : une croissance lente, des animaux qui souffrent, un manque crucial de pâturages pendant la période estivale, … cette année, nous espérons 300 agneaux, soit un total de 580 animaux au pic ! DONC le second test va consister à mener un lot d’une quarantaine d’agneaux uniquement sur garrigue, avec une complémentation en fourrage riche en protéine durant l’été. Encore plus de goût et de qualité assurés à l’automne…
La conversion en bio ne devrait prendre que quelques mois (6 mois pour le cheptel, à condition de faire agréer les pâturages avant). À suivre, … en 2012.
Un lien vers un mouvement que nous aimons bien : http://www.slowfood.fr/
Patous et progéniture, joies et déboires
Tara, notre belle chienne Patou a fait ses chiots le 20 octobre. Je surveillais le processus depuis quelques jours. Elle m’a montré, à sa manière, où je devais préparer la case de ses petits, là, tout près des mères et de leurs six agneaux. Chose fut faite, une case de 2m sur 1, bien hermétique. Le mardi soir, la chose semble s’avancer, mais depuis la veille, impossible de savoir quand aura lieu la première naissance. Le mercredi matin, j’arrive à 8h à la bergerie, et hélas, il y a déjà trois chiots, morts écrasés. Une demi-heure après, naissance suivante. J’interviens afin de sauver l’infortuné de l’étouffement. Les chiots sont petits, la mère grande, l’espace un peu restreint. Difficile ! Les Patous écrasent régulièrement leurs chiots, avec parfois plusieurs portées sans chiot vivant, … Les naissances s’enchaînent régulièrement durant la matinée, je décide de ne pas sortir le troupeau. La chienne donne naissance à ses chiots à l’écart, puis les porte dans sa gueule au milieu des autres après les avoir bien nettoyés. Le moment où elle se recouche sur la portée est critique, … Un petit tour chez Christophe, et je compte sept chiens avant d’aller manger. Au retour : 9 chiens. A 15 h, 11 chiens, et à 16 h 30, 13 chiots sont nés, dont 5 morts. Il reste 8 chiots grouillant sous les mamelles noires. La chienne est allongée de tout son long, totalement épuisée et insensible aux caresses ou à l’appel. J’ai peur qu’elle ne résiste pas à l’épreuve, mais deux ou trois coups de fil me rassurent. Une grosse gamelle de riz et du repos la remettent sur pied le lendemain matin.
Le vendredi nous éliminons les deux plus petits. Le dimanche suivant, panique, elle ne peut plus bouger et n’a aucun appétit. Je file chez le vétérinaire. Verdict : elle présente une métrite sévère, qui risque compromettre sa fertilité, voire sa santé en grand ! En cause, le nombre de petits et la difficulté à se délivrer des treize placentas. Pour sauver la fertilité de la chienne, il faut faire des lavements utérins matin et soir. Heureusement, une wwoofeuse future étudiante en véto vient d’arriver à la ferme, et elle a le cœur bien accroché. Il faut placer la chienne en position, l’arrière-main très haut, passer une sonde au-delà du col de l’utérus et injecter doucement le produit qui nettoiera tout ça. Attendre 10 minutes au moins. Rapidement, Tara comprend ce qui l’attend et fait le poids mort quand elle me voit arriver, … reste à faire glisser la chienne par terre jusqu’à la zone de traitement (50 kg), puis à soulever une patte puis l’autre pour la mettre à califourchon sur l’appui, … pas de tout repos. Heureusement, elle réagit bien et vite, et le jeudi, nous pouvons arrêter les soins. Le lendemain, je trouve un nouveau chiot écrasé. Il en reste 5 maintenant. J’espère que tout va aller mieux, lorsque, une semaine après, les mamelles deviennent chaudes et douloureuses, elle se laisse à peine téter, et le lait ne coule pas à flot, … surveillance accrue et inquiétude se succèdent.
Finalement, une bonne complémentation des chiots dès la quatrième semaine permet de rattraper la situation, et nous avons profité pendant quelques courtes semaines du spectacle de ces chiens magnifiques et en bonne santé. L’éleveur n’a finalement pas la meilleure place, une fois la portée sevrée, elle s’en va ! Tous les chiots ont été vendus à des éleveurs.
Voir des photos de la portée et des parents : http://picasaweb.google.com/belle.garrigue.florence/PatousParentsEtProgeniture#
La ferme et ses sous-produits
La laine, le fumier sont les productions appréciées que les moutons donnaient aux Corbières. On y comptait jusqu’à 1 million de moutons en 1850. Les troupeaux étaient constitués pour moitié de véritables moutons (mâles castrés), tant la production de viande n’était pas l’objectif principal. Les temps ont bien changé : la laine de nos brebis, de piètre qualité, part à la poubelle, au paillage des arbres fruitiers ou au fumier. La place du fumier, elle, tend à changer. L’augmentation du coût des engrais de synthèse, la forte hausse des conversions en bio en font un produit de plus en plus recherché. Il faut épandre 10 à 15 tonnes par hectare, qui libèreront leurs nutriments lentement, pendant 4 à 5 ans. Les jardiniers locaux en sont friands, et le fumier de nos brebis devient une monnaie d’échange : fumier contre délicieux légumes d’été. Le fumier de mouton est le plus équilibré et le plus riche. Le fumier de volailles encore plus riche, est redouté pour ses propriétés « brûlantes ».
Sur les pâturages, les girobroyages laissent derrière eux des branchettes de genévrier-cade, qui font un extraordinaire bois de grillade, au fumet délicieux, et un bon bois de démarrage pour le feu.
Moins intéressant, les poubelles de la ferme : les chiens consomment 400 kg de croquettes tous les trois mois, soit 20 sacs, plus les sacs d’aliments, sel, sels minéraux et céréales, plus les kilomètres de filets et ficelles qui entourent les round-balls de fourrage, les seaux éclatés, les palettes détruites, les fils de fer moissonnés en même temps que le blé, entortillés dans les balles de paille, … soit une camionnette tous les 3 mois ! difficile à optimiser.
Prochaine livraison de viande d’agneau : mi-février
Merci de réserver votre caissette au 0468457297 ou par mail : belle.garrigue.florence@gmail.com. Colis de 8 kg environ, sous-vide, au tarif de 12€50 le kg. La livraison est prévue dans les Corbières et sur Toulouse. Les dates et points de livraison vous seront communiqués rapidement après commande.
Espaces libres
Le berger, les chiens. Non pas libres, mais libres de nos mouvements. Les brebis, libres de choisir les plantes qu’elles vont manger, leur chemin. Il m’arrive encore de tressaillir, vont-elles me suivre ? comment se fait-il qu’elles m’écoutent et me font confiance ? les chiens ont des arguments de poids, c’est vrai, mais la plupart du temps, ils ne sont là que pour rassembler les retardataires ou interdire l’accès à une vigne. Comment ne pas se sentir libre, sans feux rouges, sans stop, sans sens interdits ? La limite au déplacement s’appelle falaise, vigne, haie d’épineux, ruisseau profond, l’espace est barré pour de belles et bonnes raisons, inchangées, pérennes. Le chemin qu’on s’y invente est sinueux, parfois étroit, parfois large. Le troupeau y glisse à la manière d’un banc de poissons répandu en flaque fluide et mobile. Le grand corps se meut, sa tête, sa masse, ses filaments à la traîne. Grains de riz éparpillés sur la pente, petites touffes cotonneuses que le mouvement file en longues mèches irrégulières sur les sentiers entrecroisés. Pour façonner ce paysage, il n’y a que ces centaines de pieds étroits et ces bouches sans cesse affairées, il n’y a que ce rythme archaïque, la nécessité d’alterner le refuge de la nuit et la nourriture du jour, il n’y a que l’épuisement de la ressource et la quête d’une autre jouissance des ventres vers des herbes plus tendres, plus riches, plus vertes. Brebis, Patous, chiens, il y a un maître à toute cette liberté : non pas le berger, mais le pâturage. C’est lui qui dicte la direction du jour, la durée de la marche, l’orientation du troupeau Le paysage et le troupeau ont tissé des liens indicibles et étroits. Pas un endroit que nous n’ayons visité, pas un qui n’ait été soumis aux coups de dents des brebis. Cet entêtement, cette pression exercée modèlent le paysage, ouvrant des lignes de terre battue, des brèches dans la broussaille, lissant des surfaces autrefois griffonnées d’ombres. Le troupeau épouse les ondulations, les failles, au plus près, un immense baiser-brasier qui court tout le jour au long des hanches tendues des collines. Un incendie sans flamme, une bouchée goulue, intime, fouilleuse transforme les flancs du pays en bête à poil ras.
Meilleurs vœux pour cette nouvelle année
de la part de l’équipe des Belles Garrigues.
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