Belles garrigues, info n°5

Written by florence on Dimanche, juillet 4th, 2010

Belles Garrigues, Info N°5

Sommaire :

Des agneaux et quelques points techniques

Le WWOOF

Des colis de viande : enfin !

Biodiversité : la tulipe sauvage

Cet été : « les petits-déjeuners du berger »

Patous : une éducation à part

En parlant de l’ours

Des agneaux et quelques points techniques

Bel agnelage que celui de ce printemps. Beaucoup d’agneaux et des beaux, qui suscitent toujours l’intérêt des voleurs, mais cette fois-ci les Patous étaient là, ils ont bien travaillé et nous sommes arrivés à temps.

Nos brebis ont tenu leurs promesses : 2 agneaux par brebis adulte, c’est bien assez. Grâce à une pesée effectuée au bon moment, nous connaissons le GMQ, c’est-à-dire le Gain Moyen Quotidien de chaque agneau. Pour les meilleurs, il se situe à plus de 400 g. Ceux-là grossissent de 1, 2 kg tous les 3 jours, … il faut beaucoup de lait ! La race Lacaune est, à l’origine, une race laitière. Ce sont les Lacaune qui produisent le lait pour la fabrication du Roquefort. La sélection que nous élevons a été orientée vers la production bouchère, avec des agneaux mieux conformés, mais la qualité laitière a été préservée, comme le montrent nos GMQ. Nous n’avons aucun refus d’agneau à déplorer, car elles sont extrêmement maternelles, … et pour l’instant le taux de mortalité se situe à 8 %, ce qui est plutôt bon (14 % l’année dernière, on progresse). Il reste maintenant à réussir le sevrage et le tarissement des mères, ce qui est assez délicat. Le meilleur moment approche : le choix des agnelles de reproduction, c’est-à-dire les futures mères. Il faut qu’elles soient nées doubles ou triples (jargon que l’on comprendra, je pense), avec un bon GMQ et une bonne valeur laitière de la mère. À partir de ces trois critères, nous comparerons les jeunes entre-elles et déciderons qui reste et qui part. Cette année, nous allons vendre 25 agnelles à une jeune bergère qui vient de s’installer. C’est de bon augure, et très valorisant pour l’éleveur. Tout ceci est le résultat d’un travail mené depuis des années par les éleveurs et les techniciens qui suivent nos troupeaux. J’ajouterai que nous avons eu la chance de démarrer avec un troupeau d’un très bon niveau génétique, …

Quelques photos de l’agnelage 2010, faite par Mathieu Elie, avec un grand angle : http://www.flickr.com/photos/mathieuelie/sets/72157623813173013/

Le WWOOF

Cette association internationale met en contact des bénévoles désireux de découvrir l’agriculture biologique et des fermes biologiques (ou assimilées comme nous). En échange de quelques heures de travail par jour, ils sont nourris, logés, et découvrent un pays, une langue, des techniques que nous nous engageons à partager avec eux. Nous avons déjà reçu 6 wwoofers, américains, québécois, anglais ou français. Cette formule d’accueil à la ferme est riche d’échanges et permet de travailler dans des conditions différentes. Apport d’énergie garantie si entente ! http://www.wwoof.fr/

Des colis de viande d’agneau : enfin !

C’est d’ailleurs grâce au Wwoofing qu’Elodie est arrivée à la ferme. Elle a rapidement décidé de mettre en place la vente directe de notre viande d’agneau sous forme de caissettes. Élodie pense s’installer à son compte et vendra prochainement d’autres produits des Corbières … à suivre. En attendant, vous pouvez réserver un demi-agneau, au prix de 12,50 € le kilo, comprenant un gigot, une épaule, 20 côtelettes, le collier, la poitrine, soit environ entre 8 et 10 kg de viande actuellement. Nous prévoyons des livraisons en tout début d’automne dans la région toulousaine et sans doute une vers le Gers à la fin de juillet. Pour en savoir plus : aromesdescorbieres@gmail.com

Biodiversité : la tulipe sauvage

Voilà une plante inféodée aux milieux ouverts qui tend à disparaître dans les Corbières. L’année dernière, j’avais repéré une station de tulipes sauvages et je m’étais promis de protéger cette zone d’environ 400 m2 cette année. Chose fut faite et quelle ne fut pas ma surprise : le nombre des tulipes sauvages a été multiplié par 4 au moins depuis l’année dernière, sur une surface d’environ 10 fois celle que j’ai protégée. Est-ce seulement grâce aux brebis ? difficile de l’affirmer, mais je veux y croire. Quelques photos : http://www.google.com/images?oe=UTF-8&gfns=1&q=tulipe+sauvage&um=1&ie=UTF-8&source=univ&ei=bJYwTPPxL8ynsQaO4dy2Ag&sa=X&oi=image_result_group&ct=titleresnum=1&ved=0CCUQsAQwAA

Cet été : « les petits-déjeuners du berger »

Un petit-déjeuner savoureux et inoubliable avec les ânes et le troupeau de brebis

Rendez-vous à la ferme des Belles Garrigues. Après une brève description de la ferme, Mathilde charge le petit-déjeuner sur les ânes bâtés, et vous voilà sur les sentiers, entre les romarins, sous le soleil encore doux de la matinée. Mathilde vous parlera de la garrigue, de son incroyable biodiversité et de l’intérêt du pastoralisme pour le milieu, puis vous déjeunerez avec de délicieux produits locaux, face au large paysage de nos Corbières odorantes. Les cloches signalent le troupeau, gardé par la bergère. Celle-ci répondra à vos questions, vous montrera comment travaillent les chiens de conduite et les Patous, ces gros chiens blancs qui escortent les bêtes. Nous rentrerons avec le troupeau, au pas lent des 200 brebis.

Les mardis, pour les lève-tôt, rendez-vous à 6 h 30

Les jeudis, rendez-vous à 8 h 00

Fin de balade vers 10 h 30

À partir de 8 ans

Du 6 juillet au 26 août inclus

Tarif : 12 € pour les adultes, 4 € par enfant, familles nombreuses nous consulter.

Prévoir : chapeau, chaussures de marche, lunettes de soleil, crème solaire, pantalons longs, gourdes pleines, bâton de marche

En savoir plus, réserver (indispensable) : Florence, 04 68 45 72 97, www.bellesgarrigues.org

Patous : une éducation à part

L’éducation des Patous est très particulière et mérite d’être expliquée, même sommairement. Le Patou est un chien naturellement protecteur et « aboyeur », chez qui nous allons créer une dépendance affective au troupeau de brebis, afin qu’il le protège. Pour ce faire, le Patou doit naître en bergerie et doit avoir le moins de contact possible avec les humains. Il grandira ainsi, persuadé qu’il est un peu aussi « une brebis ».

Espoir, notre chiot Patou, est arrivé à la ferme à l’âge de trois mois et demi. Nous l’avons placé avec un lot d’agnelles, moins agressives. Il a fallu le repousser régulièrement, parfois brutalement (que c’est dur ! un chiot adorable !), pour qu’il aille chercher du réconfort auprès des agnelles, qui l’ont très bien accueilli. L’identification à la famille « mouton » a parfaitement réussi, au point qu’Espoir a mangé tout ce qu’elles ont mangé pendant des semaines : orge, foin, paille, et a goûté toutes les plantes de garrigue : cade, pin d’Alpe, aphyllante, etc, … De la même façon, les Patous suivent les brebis qui fuient le chien de conduite. Par contre, ils vont faire front au chien errant et le contraindre à faire demi-tour, voire l’attaquer s’il persiste à vouloir s’intéresser aux brebis. Notons qu’il y a près de 100 000 brebis attaquées par des chiens errants ou en liberté en France par an, contre 1000 (officiellement en tout cas) par des ours ou des loups, …

En parlant de l’ours

Il y a ceux qui l’ont vu, et les autres. Il est passé tout près de nous, sur le plateau de Jonquières, à moins de 3 Km de la ferme. « Balou est en rut. Il cherche désespérément une femelle, à 30 Km des plages de Narbonne » dira la presse. Après l’effet un peu sensationnel de la nouvelle, et quelques coups de fils, je décide de fermer la bergerie la nuit et de faire confiance aux Patous. Il y a un risque minime, infinitésimal, d’attaque.

On me pose la question : comment vis-tu cette proximité de l’ours ? En tant qu’éleveur, c’est plutôt désagréable. Une attaque, d’ours ou de chien, peut détruire en quelques minutes des années d’effort de sélection et d’amélioration génétique de son troupeau. Je n’en suis pas là, mais cette dimension est une des plus passionnantes et j’aurais du mal à perdre certaines brebis. Sans parler des séquelles sur le comportement des brebis. Durablement effrayées, elles deviennent plus difficiles à conduire, restent sur leur garde et mangent moins bien (c’est ce dont témoignent tous les bergers ayant vécu des attaques de prédateurs).

Mais rapidement, la présence invisible de l’animal sauvage éveille d’autres sensations. Loin de la peur ancestrale. Sauvage signifie autonome, et voilà le fauve qui serpente entre les vignes, traverse les routes, très discrètement. Peu de gens ont vu Balou, ours particulièrement farouche. Il se nourrit au hasard des trouvailles, il flaire, court, dort, entreprend sans conseil, sans discussion. Il erre, mais seulement en apparence, capable de reprendre la direction des Pyrénées dès que nécessaire. Balou est un animal sauvage. Il sait éviter les voitures, les habitations, les humains et leurs chiens, mais il est constamment aux prises avec eux. Il se cache et poursuit son chemin. Il compose. Il s’arrange de nos bruits, de nos avions, de nos omniprésentes constructions. Il emprunte même nos sentiers, longe nos cultures, détruit nos ruches, attaque veaux et troupeaux. Tout est à prendre, à manger, c’est normal. Mais en tant qu’éleveur, comme beaucoup d’autres, je serais la première à tirer dessus en cas de mise en danger réel de mes brebis (affirmation hypothétique, car je n’ai pas le moindre soupçon d’arme, évidemment). Cela relève de la même nécessité.

Ce sauvage-là m’intéresse. Il nous frôle, nous observe, nous fascine et nous embête  tout à la fois.

La réintroduction de l’Ours Brun dans les Pyrénées soulève les passions. Y a t’il une seule façon de regarder le problème ? je me contenterai de me faire le relais de deux interrogations opposées entendues de la bouche d’éleveurs :

Dans quelles conditions peuvent vivre les ours bruns dans les Pyrénées, alors que leur population a continué à fortement décliner pendant des dizaines d’années après la déclaration de protection de l’espèce ? Il semble aujourd’hui qu’ils se reproduisent plutôt bien (sauf Balou), mais à quel prix ? financier notamment ! avec quelle autonomie ?

Comment demander aux populations des pays pauvres ou en développement de protéger leurs grands animaux (lions, éléphants, tigres, léopards, …), malgré les dégâts causés sur les productions agricoles et les élevages, si nous ne sommes pas en capacité de vivre avec nos quelques dizaines de grands prédateurs sur le territoire métropolitain ?

J’en ajouterai une, personnelle : comment se fait-il que cet ours soit suivi avec tant de moyens dès qu’il n’est plus en montagne (gendarmerie, techniciens, rondes et surveillance de nuit, etc, … hélicoptères même, quand cet ours était descendu vers Carbonne au sud de Toulouse), à quel coût, et pour quelles raisons, alors que les usagers de la montagne, ceux qui y travaillent tout l’été, doivent composer avec son caractère « inoffensif » tous les jours ? nous cacherait-on quelque chose ? de quoi a t’on peur ?

La question n’est pas tranchée pour moi, je le précise, …

A lire sur le sujet : « L’ours, les raisons de la colère », de Violaine Béraut, aux éditions Cairn.

 

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