Belles Garrigues, Info N°4

Written by florence on Dimanche, février 7th, 2010

Belles Garrigues, Info N°4

Sommaire :

Avatars et autres problèmes de lutte

Littérature administrative

Énergies

Patou 2

Neige

Accueil des écoles

Comptage zones humides avec la LPO

Jour après jour

Avatars et autres problèmes de lutte

Les béliers ont quitté leurs brebis le 5 décembre, après 5 semaines de lutte, parfois acharnée. Nous espérons que 90% brebis sont pleines. Les brebis vides « repasseront au bélier » en avril, ce qui permettra d’avoir un petit agnelage en septembre. Zébro, le plus jeune bélier, âgé de 10 mois, s’est cassé une patte en sautant les claies pour rester avec ses 60 amoureuses, … Vétérinaire, anesthésie, mais le plâtre glisse trop bas au bout d’une semaine et nous décidons de le refaire nous-même, … Il a glissé aussi, et la patte est tordue, mais solide, … c’est pas joli, mais ne devrait pas l’empêcher d’être à l’avenir l’excellent bélier que ses origines promettent.

Newton après la bagarre : http://picasaweb.google.fr/belle.garrigue.florence/Newton#

Littérature administrative

Je ne résiste pas au plaisir de partager avec vous ce monument de littérature administrative, extrait, à la virgule près, de la notice de 14 pages tapée en petite police, qui est censée aider l’employeur agricole à remplir la déclaration trimestrielle de salaires, … ma phrase est un peu longue, mais c’est pour vous habituer à ce qui suit :

Concrètement, veuillez limiter les taux de majoration déclarés comme suit :

- pour les heures effectuées au-delà de 1607 heures dans le cadre d’une convention de forfait en heures sur une base annuelle, au taux de 25% de la rémunération horaire déterminée à partir du rapport entre la rémunération annuelle forfaitaire et le nombre d’heures de travail prévu dans le forfait, les heures au-delà de la durée légale étant pondérées en fonction des taux de majoration applicables à la rémunération.

Et voilà. Il m’a fallu une dizaine de lectures pour comprendre. Mais c’est vrai que je ne suis que bergère. Heureusement, nous ne sommes pas concernés par l’alinéa.

Énergies

La ferme est située en site isolé, c’est-à-dire que nous n’avons ni l’eau courante, ni l’électricité. L’eau est fournie par un forage de 26 m de profondeur, et remontée par une pompe solaire directe, c’est-à-dire sans batterie. Quand il y a du soleil, elle fonctionne, sinon … non. Pour pallier ces pénuries d’eau temporaires, nous avons une citerne de 70 m3, qui récolte l’eau de pluie tombant sur le toit de la bergerie … quand il pleut. Le vent est une énergie inépuisable ici, mais pour l’instant, nous nous en protégeons plus qu’autre chose. Pierre a conçu des brise-vents pour protéger les tunnels en plastique. Sans brise-vent, le premier tunnel n’aurait pas résisté à la tempête de janvier dernier. Pour l’électricité, Pierre a bricolé une des batteries solaires qui sert à électrifier les fils de clôture (totalement peu recommandé), qui nous a éclairé pendant l’agnelage. Pour le reste, nous profitons de la lumière du jour, des phares de voitures ou des lampes frontales. Bougies interdites, bien sûr. L’avenir devrait être plus lumineux, car nous avons demandé à ERDF un raccordement, qui devrait déboucher sur l’installation de panneaux solaires d’ici l’automne prochain.

Patou 2

Nous avons saisi une opportunité et avons acheté Tara (appelons-la Tara), une montagne de muscles, de dents et d’amabilité avec nous et ses brebis.  Dès le lendemain de son arrivée, elle a été capable de traverser le troupeau au trot sans effrayer une seule brebis ! une pro tout simplement. Le plus beau moment : Tara est arrivée de nuit à la ferme et nous l’avons attachée à la chaîne pour qu’elle ne s’échappe pas. Au matin, j’entre dans la bergerie et à la place de Tara se trouve un rassemblement dense de brebis. Un peu inquiète, je me demande où est la chienne sous cet amoncellement de laine et de pattes ? Elle est là, et fait déjà l’objet de marques de tendresse incroyables, museaux dans le poil et même menton d’une jeune brebis appuyé sur son dos, … N’oublions pas, cependant, qu’elle est une gardienne très impressionnante, et il faut que nous soyons là pour que quelqu’un d’autre entre dans la bergerie.

Photos des Patous : http://picasaweb.google.fr/belle.garrigue.florence/Patous03#

Neige :

Laissons parler les images : http://picasaweb.google.fr/belle.garrigue.florence/Neige#

Accueil des écoles

Le programme des journées destinées aux écoles autour du thème « Garrigue et pastoralisme », en mai et juin :

http://bellesgarrigues.org/ferme-a-decouvrir/les-ecoles-a-la-ferme/

Comptage zones humides avec la LPO

J’ai participé au comptage des oiseaux présents sur l’étang de Bages le 16 janvier dernier dans le cadre du recensement national annuel des oiseaux des zones humides. L’occasion de découvrir bien des espèces … avec du très bon matériel. Splendide.

Total du comptage :

Grèbe huppé : 388

Grèbe à cou noir : 165

Harle huppé : 21

Canard colvert : 49

Foulque macroule : 1543

Tadorne de Belon : 56

Flamant rose : 1435

Aigrette garzette : 8

Grande Aigrette : 3

Grand Cormoran : 150

Chevalier guignette : 4

Héron cendré : 1

Et autres mouettes et goélands, par milliers

Pour découvrir le plaisir d’observer les oiseaux de votre région : www.lpo.fr

Jour après jour

Un  ami me demande : – qu’est-ce que tu fais durant la journée, à quoi occupes-tu tes jours ?

Bonne question.

Je me lève avec le jour, avant le soleil. Direction la bergerie, en voiture.

Mais déjà le temps bascule, l’heure s’oublie à la montre

des bêlements m’attendent, le hennissement doux de la jument, un frôlement de braiment, l’ânesse demande son foin, les chiens s’agitent, impatients, implorants,

vent ou boue, le rythme est immuable, libérer les chiens de leur chaîne, donner le grain et le foin aux animaux qui ne sortent pas en garrigue, changer l’eau si elle n’est pas propre,

les sens s’éveillent avec le jour venant, les brassées de foin, le fumier, la laine, les cloches, la lumière rampe sous les portes, les mâchoires se lancent dans leur première danse de la journée, en un grondement de cascade lointaine, sourde, grave

un coup d’œil pour chacune, plaies, attitude anormale,

un tour plus précis chez les malades, température, piqûre, réconfort,

je rentre pour le petit-déjeuner

paperasse – téléphone – Internet

puis

Chaque garde est un petit voyage à elle seule, à chaque fois. Le départ, à peine fiévreux, cette mise en mouvement du grand corps du troupeau, les chiens passent devant, courent, aboient, sautent de joie. Je prends mon bâton, mets mon sac à dos, appelle. Le rythme donné, les brebis ne lèveront plus la tête, sauf pour changer de pâturage. Il n’y a rien à faire d’autre que de les suivre, les observer, les relancer dans la bonne direction, un navire sur son erre. La garde est faite de petits riens, avec des événements à sa mesure : la visite d’un rapace, le mouvement de la brume, les cris adressés aux chiens, une brebis à marquer parce qu’elle boite, les vignes à éviter ; un petit voyage, avec ses pauses, ses rencontres avec le chasseur, le vigneron, le cycliste ; le repas, la sieste parfois, à même le sol, à ras de terre. Le temps est sans durée, il passe parce qu’il ne peut en être autrement – c’est la lumière qui guide le berger. Penser est d’une densité différente, la chose se penche sur vous en flottant tout autour du sujet, des heures durant. Prendre une décision : impensable. On ne réfléchit pas. On est là et c’est tout l’univers de la garrigue qui respire, qui bruit, qui vibre, qui sévit aussi. Pas de faux-pas. Pas d’erreur de gardiennage. Pas d’inattention. On pourrait le payer cher.

Le retour est amorcé quelques heures après, ce sont les ventres arrondis qui l’annoncent. Les panses se remplissent jusqu’à en être difformes. Le retour est une petite victoire, une ascension pour soi, une lutte, celle du jour, contre la faim, contre le foin qu’il aurait fallu donner sans la garrigue. Le retour vers le port de la ferme, point de chaleur du paysage, se fait lentement, les bêtes s’accrochent, elles gagnent à coup de dent chaque calorie qui leur manquera peut-être dans les jours qui viennent. Le froid s’intensifie en fin d’après-midi. C’est l’hiver. Les bouches fument, les doigts sont gourds, les chiens courent avec le troupeau qui se précipite vers les abreuvoirs. Il faut séparer les brebis des agnelles, et donner encore, et encore, le foin et l’eau propre. Quotidien de paysan.

Ce que je fais de mes jours. La question pourrait être inversée. Les jours font de moi une personne nouvelle, pétrie par le rythme et par la tâche. Par la nécessité. Par l’assujettissement aux besoins élémentaires des bêtes que sont boire, manger, être en bonne santé. Par la nature, qui façonne sans cesse la durée du jour et la température. Le temps n’est plus ce qu’atteste le sablier, il est la coupe où nous buvons le lait de chaque instant à chaque instant. L’animal est immanent. Et en liberté, il ne s’ennuie jamais. Malgré l’astreinte, je me sens libre, souvent.

mais ce n’est pas tout

Berger. Pâturages. Ouverture et entretien du milieu. Avec d’autres, je travaille à l’œuvre la plus aboutie de la garrigue : l’envol de l’aiglon. Car l’aigle est en sommet de la chaîne alimentaire. S’il est capable de nourrir et d’élever son petit, c’est que la nature est en bonne santé. Nous y contribuons, avec application. Les mains dans le cambouis. À la force des muscles, à porter les tonnes de fourrage mois après mois, à soulever les brebis, à construire la ferme. Le cambouis de la conviction, de l’idéalisme disent certains, … Mais il y a déjà bien plus de perdrix depuis que les brebis sont arrivées. Cela me suffit.

Pour l’instant.

 

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